Accueil > News > L’injure, sentinelle de la norme

Tellement ordinaire qu’elle ne se remarque plus si l’on en prend pas de recul et de temps pour analyser ce qui sort spontanément de notre bouche et de celles de la plupart de nos concitoyens. Il en est exactement de même pour l’injure sexiste : « putain » sert pour certain à ponctuer leurs phrases d’une interjection, « salope » est un grand classique, « con » est tellement galvaudé » qu’il est oublié que ce mot désigne à l’origine le sexe de la femme. Ce n’est ps un hasard si les injures les plus utilisées dans nos sociétés sont en rapport avec la sexualité et le genre.

Ces injures ont une double fonction:

  1. Comme toutes les injures, elles servent à blesser et à humilier les personnes à qui elles sont adressées.
  2. Elles rappellent à tout un chacun la place qui doit être la sienne dans une société régie par des règles hétéro-sexistes.

Transgression des genres

Ce système de valeurs, qui place fondamentalement le masculin au dessus du féminin, ne tolère pas la transgression réelle ou supposée des genres. Or justement, l’homosexualité est perçue comme une transgression des rôles sexuels attribuées à un genre ou à l’autre. L’insulte « enculé » est révélatrice de cette conception de l’homosexualité et du lien que fait le quidam entre l’orientation sexuelle et le genre. Un « enculé » serait un homme qui trahirait sa condition masculine en endossant un rôle sexuel traditionnellement  dévolu à la femme. Une « gouine » serait une femme qui aurait la prétention de jouer le rôle sexuel et social de l’homme.

Ébranler les frontières

L’homosexualité est donc accusée d’ébranler la frontière entre les genres. Cette frontière est jalousement gardée car d’elle dépend la hiérarchie qui place l’homme au dessus de la femme. Fidèle à ce principe, il arrive souvent que seul l’individu qui transgresse son rôle social dans un rapport sexuel entre personnes du même sexe soit considéré comme homosexuel et stigmatisé.

L’injure homophobe, sentinelle de l’hétéro-sexisme, nous apprend que le discrédit s’abat sur celui qui transgresse son genre. Ainsi, avant même de se savoir homosexuels, les personnes LGBT ont acquis le dispositif culturel de leur aliénation.

Les derniers articles :