Accueil > News > De Gay à LGBT, comment s’identifier ?

C’est une histoire de terminologie qui ne date pas d’aujourd’hui : l’Homme a le besoin de définir, de nommer, d’inventorier, de créer une nomenclature pour appréhender ce qui l’entoure.

Lorsque ce besoin touche à sa propre personne, les choses peuvent devenir plus complexes, parce que l’individu doit pouvoir s’identifier à la terminologie utilisée.

Ainsi, lorsque l’on s’écarte de la norme hétérosexuelle et cisgenre et que l’on cherche à se définir, à s’identifier, plusieurs termes s’offrent aujourd’hui à nous.

Petit retour sur soixante ans de terminologie avec Gérard Koskovich, membre fondateur et conservateur à la GLBT Historical Society, le centre d’archives et musée de l’histoire des LGBT à San Francisco.

Gérard Koskovich, membre fondateur et conservateur à la GLBT Historical Society

« Je me souviens de l’apparition du sigle LGBT dans les années 1990 et de son adoption à travers le monde pour désigner les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres.

C’est dans l’Amérique marginale des années 1940 et 1950 que le terme d’argot « gay » fait son apparition pour désigner les femmes et les hommes homosexuels. Le terme est vite associé principalement aux hommes et les femmes gaies revendiquent leur propre identité, celle de « lesbienne », durant la période d’or du mouvement féministe des années 1960 et 1970.

À partir de cette époque, on parle de « gays et lesbiennes » pour désigner toutes les personnes queer. Les lesbiennes espéraient ainsi sortir ainsi de l’ombre des hommes gays. Les personnes bisexuelles et transgenres s’ajoutent à la liste à la fin des années 1990, après avoir revendiqué leurs identités propres pendant des années. Elles se sentaient exclues, avec raison, car la bisexualité n’est pas l’homosexualité et la transsexualité n’est pas une orientation sexuelle, mais une identité de genre.

Les militants bisexuels et transgenres ont poussé les organismes qui représentaient déjà leurs identités à honorer leurs communautés en les appelant par le nom qu’elles s’étaient donné. Donc, au début des années 2000, GLBT est devenu le terme privilégié. À titre d’exemple, ce qui était dès sa fondation en 1985 la Gay and Lesbian Historical Society a changé son nom en 1999 pour devenir la GLBT Historical Society.

Les identités gaie, lesbienne, bisexuelle et transgenre ont longtemps été confondues. Au XIXe siècle, on croyait que le désir sexuel se manifestait seulement entre un homme et une femme ; par conséquent, on accordait au couple homosexuel une composante masculine et une autre, féminine. On percevait certaines personnes queer comme étant du « troisième sexe », c’est-à-dire un homme qui a l’âme d’une femme, ou vice versa.

Il a fallu 200 ans avant que certaines personnes viennent à pressentir la différence entre une personne gaie et une personne transgenre, sans toutefois les dissocier. Même dans les années 1990, le corps médical essayait de « guérir » l’homosexualité à coups d’hormones et de chirurgie. Par exemple, les personnes auxquelles on avait assigné le sexe féminin à la naissance et qui voulaient faire la transition devaient prouver qu’elles ne deviendraient pas des hommes gays.

C’est pour cette raison que des militants trans comme Lou Sullivan, le fondateur gay de FTM International, ont cherché des médecins qui ne baseraient pas leur décision de prescrire des hormones ou de procéder à une opération pour changement de sexe sur l’orientation sexuelle des patients. Aujourd’hui, aux États-Unis, l’orientation sexuelle n’entre plus en compte dans les décisions médicales concernant le changement de sexe.

Vers 2005, « LGBT » a volé la vedette à « GLBT », peut-être pour redonner plus de visibilité aux lesbiennes. La société évolue et les gens sont toujours à la recherche de mots et d’expressions pour décrire les réalités émergentes ; par conséquent, il n’y a plus qu’un seul bon terme, mais plusieurs.

Certaines personnes privilégient LGBTIQ, qui inclut les personnes intersexuelles, queer et en questionnement. D’autres y ajoutent des lettres, par exemple LGBPTTQQIIAA+, qui englobent les personnes gaies, lesbiennes, transgenres, transsexuelles, queer, en questionnement, intersexuelles, intergenres, asexuelles, alliées et d’autres encore. Certains ont choisi un seul terme, « queer », qui est plus facile à prononcer et plus provocateur. Cependant, se limiter à « queer » risque d’occulter encore une fois l’identité des personnes lesbiennes, bisexuelles et transgenres, et peut isoler ou blesser les personnes plus âgées pour qui « queer » était l’ultime insulte dans les années 1950 et 1960.

En dernière analyse, le débat terminologique est un débat d’idées, une conversation sur le respect. Car choisir une nomenclature, c’est décider qui sera reconnu et qui aura le pouvoir. Dans le fond, c’est un dialogue sur le changement social, l’équilibre du pouvoir dans la société, le respect de soi et d’autrui, la visibilité, toutes des choses qui sont essentielles à la vie en société et au sentiment que notre vécu, nos désirs et notre identité sont honorés. »

SCHMITT J.E.F.

Réalisé à partir de l’interview de Gerard Koskovich pour la revue féministe américaine Ms. Magazine, traduit de l’anglais par l’Alliance de la Fonction publique du Canada. Avec l’aimable autorisation de Mr Koskovich.

Les derniers articles :