Ce dimanche 19 janvier, 26 000 personnes défilaient dans les rues de Paris (selon le cabinet Occurrence) contre le projet de loi permettant à toutes les femmes d’accéder à la procréation médicalement assistée. L’argument central ? Permettre aux femmes seules ou aux couples de femmes d’avoir des enfants reviendrait à « priver ces enfants de père ». La répétition fixant la notion, cette formule est tellement brandie en étendard qu’on en oublie de questionner sa logique interne ; et tant mieux, parce qu’en y regardant de plus près, c’est un sophisme creux à souhait, ces arguments faux qui prennent des apparences de vérité, et qui ne peut plaire qu’aux esprits déjà convaincus ou qui ne demandent qu’à l’être (donc rassurez-vous, un fonctionnement en circuit fermé finit par s’étouffer lui-même).

Faire passer la PMA pour une « privation de père », c’est l’associer par un raccourci acrobatique à une visée fondamentalement fausse : à les entendre, on croirait que la PMA viserait ou entraînerait sournoisement la suppression de la figure du père. Et pourquoi pas, comme le prétend Michel Schneider, écrivain et psychanalyste (attention : il existe de bons psychanalystes, j’en ai rencontrés) dans l’émission La loi du genre (France Inter, 5 juin 2013), amener à un envahissement de la figure maternelle et à « désexualiser le monde » en permettant d’avoir des enfants sans rapport sexuel (il semble oublier que les lesbiennes ont des rapports sexuels) ? Minute 19 de l’émission : « Là il y a quand même un fantasme… on a envie de dire, mesdames, si vous voulez avoir un enfant, il y a un moyen très simple, très économique et qui ne coûte rien à personne [déjà plus haut dans l’émission, il semblait inquiet du fait que c’est la sécu qui payerait cette aberration] c’est le rapport sexuel avec un homme si j’ose dire en chair et en os ! Pourquoi vouloir être mère quand on a choisi un mode de sexualité qui l’interdit et qui l’empêche ? » Dans ce cas, si on pousse la logique jusqu’au bout et que l’on suit ces subtiles recommandations émises par un si docte gosier, supprimons la PMA : les femmes en couple avec un homme qui ne peut pas avoir d’enfant n’ont plus qu’à aller quémander un rapport sexuel à visée procréative au premier venu… Mais ne vous en faites pas, Michel Schneider, il semble que les sénateurs souhaitent limiter le remboursement de la PMA aux seuls « cas médicaux ».

Bref, venons-en au fait ; face à des raisonnements aussi spécieux et mal cousus, j’ajouterai le mien. Pour éviter de créer des « orphelins de père », il faudrait donc empêcher l’élargissement de la PMA à toutes les femmes. Mais avez-vous pensé à tous ces enfants auxquels vous interdisez ainsi la possibilité même de venir au monde ? Parce que cette PMA, ce n’est pas pour « priver de père », c’est pour donner la vie. Ce qui nous amène à cette conclusion logique : pour ne pas « priver un enfant de père », vous préférez lui refuser la possibilité de vivre…

Anna-Livia