Comme chaque année en Russie, le neuf mai 2013 a été célébré le Jour de la Victoire et des troupes armées ont traversé la Place Rouge à Moscou. Les célébrations ont duré jusqu’au soir. La nuit de ce neuf mai 2013, Vladislav Tornovoï, vingt-trois ans, se faisait massacrer dans un square par ses propres amis, violer avec des bouteilles de bières, découper les parties génitales et enfin éclater la boîte crânienne avec un pavé. Ses tortionnaires ont expliqué à la police que l’homosexualité de leur ami offensait leur sens du patriotisme.

L’arrivée de Poutine au pouvoir en 2000 a entraîné la perte progressive des libertés sexuelles acquises suite à la chute de l’union soviétique. En 2013, tandis qu’en France et au Brésil étaient votées les lois ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, en Russie a été votée, à 436 voix contre une abstention, une loi interdisant la propagande de l’homosexualité, évidemment toujours « pour la protection des enfants » : « Toute information pouvant porter atteinte au développement physique ou spirituel des enfants et éveiller en eux l’impression erronée d’une égalité sociale entre les relations conjugales traditionnelles et non traditionnelles. »

Les ministères de la famille et des relations internationales se sont réunis avec quelques invités de marque venus soutenir la position ferme du gouvernement russe contre la terrible extension planétaire des droits des minorités sexuelles : le très rose Américain Brian S. Brown, directeur de l’Organisation Nationale pour le Mariage, qui a mené une lutte fervente contre l’autorisation du mariage homosexuel en Californie, et le Français Aymeric Chauprade, bon soldat xénophile d’extrême droite, qui gratifia la séance d’un patriotique discours. Les quelques activistes venus protester aux portes du parlement furent emportés dans les fourgons de la police.

Les psychiatres furent peu à peu formés à détecter les « orientations sexuelles pédophiles » chez leurs patients, et des groupes de safaris anti-gays commencèrent à se former grâce à Internet, dont l’un répond aujourd’hui au doux nom de Neonazis Occupy Pedophilia. Régulièrement, ces groupes organisent des chasses aux homosexuels. Plus exactement, des chasses aux pédophiles, mais pour eux, c’est pareil. Ils élaborent des méthodes d’identification et de capture puis administrent à leurs proies ce qu’ils appellent « thérapie par l’urine » pour les « guérir » de l’homosexualité. Leur pratique la plus courante consiste à draguer des hommes gays sur des sites de rencontres pour leur donner rendez-vous. Ils les capturent à ce moment-là. Soit ils les tabassent sur place quand ils se trouvent dans un lieu suffisamment isolé, soit ils les emmènent chez eux, dans un appartement. Ils les battent, les déshabillent, leur versent de l’urine dessus, leur rasent le crâne pour y dessiner un drapeau arc-en-ciel, le tout évidemment filmé, et ils leur demandent d’avouer leur homosexualité face à la caméra, en précisant leurs nom et adresse. Ils peuvent aussi les amener à dénoncer d’autres homosexuels. Évidemment, les vidéos sont déposées sur Internet, Youtube et compagnie…


Évidemment, difficile de parler ici, face à une telle violence, de « racisme ordinaire ». Le problème, c’est que cette violence pourrait, à force de silence et d’impossibilité d’agir, devenir ordinaire.

Anna-Livia