Nina Bouraoui, la voix d’une femme

Je viens de refermer le dernier roman de Nina Bouraoui, « Otages ». Une belle histoire sociale et actuelle. L’héroïne est une femme que l’on ne voit pas, employée sans histoire dans une entreprise menée par un homme qui ne la voit pas, qui lui fait faire le sale boulot, sans remerciement aucun, sans valorisation (et puis quoi encore). Quand elle rentre à la maison, elle n’est pas plus visible, d’autant plus quand son mari la quitte. Un jour, elle glisse un couteau dans son sac avant de se rendre au bureau. L’événement qui suivra bouleversera sa vie. Celle de son patron aussi on le souhaite. L‘écriture de Nina Bouraoui est directe, limpide. Je l’ai lue et relue dans ses écrits autobiographiques, à commencer, il y a déjà vingt ans, par Garçon manqué. Il n’y a pas précisément, dans Otages, de lien avec la vie de l’autrice, mais pourtant, me revient son entretien avec François Busnel à la Grande Librairie il y a deux ans pour son précédent ouvrage. Nina Bouraoui affirmait alors que « lorsque les femmes sont maltraitées, toutes les minorités sont maltraitées ». Sylvie, l’héroïne, n’est pas maltraitée au sens où la justice peut condamner. Elle travaille d’arrache pied, à la maison comme au bureau. Une vie partagée en quelque sorte. Jamais de temps ou si peu pour elle-même. La maltraitance, c’est l’invisibilité dans laquelle la société la plonge.

Crédit photo :  Francesca Mantovani

La visibilité des femmes et leur rôle majeur revendiqué par des collectifs, de plus en plus nombreux, me parlent aujourd’hui. A titre personnel, bien entendu, mais aussi au titre d’une personne appartenant à l’humanité. Celle-ci marche souvent sur la tête, part à vau-l’eau sur les acquis sociétaux et sociaux, jetant les délires des uns sur les envies des autres, les jugements des uns sur les choix de vie des autres. L’écriture de Nina Bouraoui dans Otages m’a rappelé le livre de Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham. D’une certaine façon, les femmes des deux ouvrages se ressemblent, même si le fond des histoires n’est pas le même.

En refermant Otages, j’ai eu envie d’entendre Nina Bouraoui me parler de son livre précédent, Tous les hommes désirent naturellement savoir. J’ai donc regardé son entretien avec François Busnel, pour me remettre en bouche quelques-unes de ses réflexions qui m’ont fait adorer le texte, sa thématique, son franc parler, son réalisme. Ce livre traite du désir, de l’acceptation de son corps, de sa sexualité. « Ce livre n’est pas savoir pourquoi je suis homosexuelle, il n’y a aucune réponse à ca, comme il n’y a aucune réponse à votre hétérosexualité. », lançait-elle au journaliste. « Je suis née ainsi. » Née d’un père algérien et d’une mère Bretonne, Nina Bouraoui « décide d’occuper (son) homosexualité comme on occupe un territoire. » Dans son parcours de vie, elle apprend son métier, l’écriture. Les deux sont intimement liés. L’autrice n’hésite pas à se remémorer le rejet ressenti lors des débats sur le mariage pour tous, mais ne s’enferme pas dedans, bien au contraire. « La plus grande des armes c’est la douceur. » Lisez-la.

Delphine