En 2015, Pete Buttigieg, candidat pour la présidentielle aux USA, présentait un discours lors duquel il déclarait son homosexualité. Son argumentation était axée autour de l’idée que l’homosexualité n’est pas un choix, que l’ont naît avec, que l’on ne peut rien y changer, et qu’en vertu de quoi (partie de l’argumentaire qui me pose problème dans l’histoire) les discriminations envers les personnes LGBT+ sont inacceptables. On comprend évidemment bien la volonté de Buttigieg de défendre nos droits à exister en tant qu’êtres différents de la majorité hétérosexuelle et cis-genrée grâce à des arguments qui contrecarrent les pressions familiales et sociales « en assimilant l’homosexualité à un fait de nature qui échappe à la responsabilité individuelle » (Chamberland, 2019, p. 79). Il n’empêche que ce genre de discours, fondé sur une explication biologique de l’homosexualité, très souvent repris par les défenseurs des droits des minorités sexuelles, peut s’avérer dangereux, pour différentes raisons.

Je me souviens qu’en 2010, à la parution du livre de Jacques Balthazart Biologie de l’homosexualité. On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être, je l’avais immédiatement lu, et que, du bas de mes naïfs 18 ans, j’avais eu suffisamment d’esprit critique pour être passablement choquée des conclusions issues de diverses études à propos des facteurs biologiques in utero sur l’orientation sexuelle future, qui plus est truffées de présupposés quant aux caractères féminins ou masculins des comportements sexuels. Certes, je fais moi-même l’expérience, depuis que je suis en âge d’avoir une sexualité, d’une attirance constante, exclusive et non-choisie pour les femmes ; en plus de cette absence monolithique de fluidité, et comble de l’extase, comme les études l’ont démontré chez les femmes gays, je suis affublée d’un annulaire significativement plus grand que mon index… Mais je refuse de recourir à cet aspect non-choisi de ma sexualité pour la rendre acceptable aux yeux des autres (parce que, malheureusement, on se trouve toujours un jour ou l’autre face à l’obligation de se justifier) ; pourquoi ? Parce que cela revient encore à pathologiser mon orientation sexuelle (mes hormones in utero auraient pris la mauvaise route), ou bien parce que cela revient à la faire entrer dans la norme (comme s’il fallait être normal pour être acceptable) : par exemple en banalisant la différence des LGBT+ en la ramenant à une simple différence telle que la couleur des yeux (elle aussi biologiquement déterminée) ; en vertu de quoi les LGBT+ ne devraient pas subir de discriminations.

Il y aurait donc une hiérarchie des différences, un degré de différence quantifiable ? Pour qu’une différence soit acceptable, il faudrait la banaliser, la minimiser, la ramener à du comme tout le monde ? La différence doit-elle encore et toujours se justifier ? Il me semble que les discours biomédicaux viennent s’ajouter à l’histoire en cherchant à mettre en évidence les origines biologiques (génétiques ou hormonales) de l’homosexualité : l’homosexualité étant ancrée dans le corps de l’individu et non plus dans son psychisme, l’individu est en quelque sorte dédouané de sa différence, puisqu’il/elle n’aurait plus prise sur celle-ci et qu’elle serait naturelle, étant située dans le corps. Sous-entendu : l’homosexualité n’est pas de la faute de l’individu puisqu’elle ne relève pas de son choix, on ne peut donc pas lui en vouloir. Discours donc d’autant plus inacceptable qu’il sous-entend que, s’il s’avérait que l’homosexualité relevait d’un choix (conscient ou non), les discriminations à l’encontre des homosexuels seraient justifiées.

Anna-Livia.