Pertes significatives et trésorerie en berne

L’interruption de l’activité a eu nécessairement des conséquences importantes pour les commerçants messins. Du côté de l’Endroit, seule discothèque LGBT de la ville, on signale un manque à gagner important : « Les pertes sont forcément considérables. Il n’y aucune rentrée d’argent ! Même si le gouvernement a mis en place des aides notamment pour le salaire des employés, nous devons toujours payer les charges fixes comme le loyer » indique Fabien Rau.

Même musique place Saint Louis où Sébastien Lorek, le patron du 47, s’inquiète : « Même si nous avons les reins solides la trésorerie finira par manquer ».

« Les pertes sont totales depuis le 15 mars, date à laquelle le Premier Ministre a annoncé la fermeture des commerces non essentiels, je n’ai plus aucune activité » indique pour sa part Jordan Friederich propriétaire du Bar le Cagibi qui se situe rue des Jardins.

« On a une belle communauté à Metz, respectueuse et solidaire»

Fabien Rau , l’ Endroit

Sur la place Saint Jacques, Romain Della Catta qui participe à la gestion de plusieurs établissements, dont le restaurant Enfin et le Chéri Bar, ne dit pas autre chose : « Les pertes sont quand même très importantes, on a surtout dû jeter beaucoup de marchandises qui sont arrivées en date courte.  On a tout distribué autour de nous principalement à nos employés ». Le commerçant s’interroge également sur les conséquences de la durée du confinement : « Ca commence a être des bons mois dans l’année où on fait beaucoup de chiffre. C’est principalement l’été que nous mettons de côté pour passer l’hiver donc forcément ça va impacter notre commerce et pas que dans les six prochains mois mais dans l’année à venir ».

De son côté Rachel Burgy, du bar les Vedettes, tente d’atténuer les effets de la crise sur le fonctionnement de son établissement : « Évidemment nous avons essayé de limiter les pertes au maximum, mais oui financièrement avec cette période de chômage technique qui dure et qui sera encore longue, l’impact sur la trésorerie est fort ».

Ces pertes s’accompagnent d’une forte attente concernant l’action des pouvoirs publics.

« L’Etat français a débloqué beaucoup de fonds pour tous les commerçants et les salariés. Nous, comme tous nos collègues, allons forcément rouvrir avec la boule au ventre. C’est comme repartir à zéro. J’espère que les pouvoirs publics sauront être tolérants et moins stricts. On a subi une forte perte d’activité… Il faut qu’ils comprennent qu’on doit remonter la pente sinon beaucoup d’entreprises ne survivront pas ! » indique le patron de l’Endroit.

Sébastien Lorek demande quant à lui une annulation pure et simple des charges sociales et souligne que « pour l’instant, l’Etat ne prévoit qu’un report ». Le commerçant souhaite également que les collectivités et la ville distribuent largement des masques.

Romain Della Catta souligne que des choses ont déjà été faites mais reste dans l’attente d’un geste de la ville : « Il y a déjà eu des choses de faites comme un allègement des redevances des terrasses qui ne seront pas exploitées tout de suite, nous attendons surtout un accompagnement comme par exemple des tarifs sur les parkings pour que les gens soient incités à revenir en ville. En effet, il y aura je pense très peu de manifestations cet été : cela cumulé à la peur des gens, nous allons avoir besoin de la part de la mairie d’un coup de pouce pour faire venir les gens en ville ».

Concernant l’Etat, le restaurateur attend qu’il agisse concrètement sur les assurances : « Au niveau de l’État nous aimerions qu’il mette la pression aux assureurs pour que nous soyons remboursés ». 

« Je suis en tout cas rassuré par le fait que de nombreux clients prennent de mes nouvelles pendant le confinement »

Jordan Friederich, Le Cagibi

Au Cagibi, on attend une réponse claire et coordonnée aux différentes questions : « Nous ne connaissons ni la date de reprise de l’activité, ni les mesures à envisager dans les locaux afin de limiter la propagation du virus. Nous aimerions également des aides spécifiques, étant donné la fermeture prolongée de nos établissements. Les dernières annonces gouvernementales semblent heureusement aller dans ce sens ».

Des établissements responsables

Concernant une hypothétique reprise, la priorité reste la santé des clients et du personnel. Place du Quarteau, Rachel Burgy souligne l’importance de rouvrir dans des conditions qui allient convivialité et sécurité : « Nous mettrons encore plus l’accent sur la désinfection des surfaces, cependant notre lieu ne permettra pas de n’utiliser qu’une table sur deux ou de placer des bâches ou des plaques de Plexiglas, autant rester fermer jusqu’à ce qu’on ouvre dans des conditions acceptables ».

« Nous mettrons tout en œuvre pour que les choses se passent du mieux possible »

Romain Della Catta, Le Chéri Bar

Concernant les discothèques, plus difficile de faire respecter la distanciation sociale : « Pour la reprise, que l’on espère rapide et les règles d’hygiène et de sécurité, c’est un peu compliqué pour nous. En tant que club et lieu de divertissement, on ne peut pas forcer les clients à respecter les gestes barrières ! Porter un masque va être obligatoire pour nous barman et employés. On fera un trou pour y glisser une paille pour boire un coup de temps en temps » plaisante Fabien Rau.

Jordan Fiedreich se veut quant à lui rassurant : « J’envisage d’installer un distributeur de gel hydroalcoolique à l’entrée du bar. La disposition du local permet de respecter dans l’ensemble une distanciation, les tables étant écartées de plus d’un mètre ».

Du côté de la Place St Jacques il faut proposer des événements sécurisés pour Romain Della Catta : « Bien entendu nous voulons que les clients se sentent en sécurité ainsi que notre personnel donc nous mettrons tout en œuvre pour que les choses se passent du mieux possible ».

« Les gens auront envie de sortir voir du monde dans de bonnes conditions ».

Sébastien Lorek, Le 47

Une reprise attendue par la communauté

L’ensemble des acteurs du commerce LGBT et friendly s’accordent sur le fait que la clientèle devrait être au rendez-vous, ou tout du moins l’espère, comme le rappelle Rachel Burgy des Vedettes : « J’espère que lorsque le moment sera venu, lorsque le risque sera suffisamment bas, nous pourrons nous remettre à servir des tartines et des boissons à ceux qui en auront envie, et dans l’ambiance habituelle que les clients aiment trouver chez nous, avec bienveillance et sympathie, mais aussi avec toujours autant d’attention à la sécurité de nos clients ».

Sébastien Lorek abonde en ce sens : « Les gens auront envie de sortir voir du monde dans de bonnes conditions ».

« Autant rester fermer jusqu’à ce qu’on ouvre dans des conditions acceptables ».

Rachel Burgy, Les Vedettes

Même état d’esprit du côté du Cagibi : « J’imagine que le besoin de socialisation sera présent, surtout après quelques mois de séparation. Ma clientèle étant plutôt locale, j’ai bon espoir, d’autant qu’une partie de mon activité est générée par les jeux de la Française des Jeux et du PMU. Je suis en tout cas rassuré par le fait que de nombreux clients prennent de mes nouvelles pendant le confinement » indique Jordan Friederich.

Fabien Rau, quant, à lui est convaincu du soutien de la communauté : « Je crois qu’on attend tous le jour J, celui de la « délivrance ». Mais je ne pense pas qu’aux clubs ! Nous sommes tous en attente pour déjeuner en terrasse, voir nos amis, rattraper le temps perdu, aller faire les boutiques… comme avant. On a vécu une parenthèse dans notre vie. Les mentalités vont forcément changer ! On va prendre conscience que le fait de sortir et de danser le soir, le fait de voir des amis, ou de tout simplement boire un verre toute la nuit est un luxe. On a une belle communauté à Metz, respectueuse et solidaire. Je pense que ça ne va pas changer, bien au contraire. Nous avons reçu beaucoup de messages de soutien et de sympathie. Nous remercions tout le monde ».

Matthieu