Curieuse de découvrir ce que la compositrice interprète pouvait valoir côté plume et roman, je me suis procuré La commode aux tiroirs de couleurs d’Olivia Ruiz. Les éditions JC Lattès le présentaient comme un retour sur l’histoire familiale de républicains espagnols ayant fui le franquisme pour se réfugier dans le sud-ouest hexagonal. Olivia Ruiz n’a pourtant pas écrit un roman autobiographique. Elle confie volontiers s’être inspirée librement des lieux existants et chers à sa propre identité, l’Aude, Toulouse, Barcelonnette. Mais là s’arrêtera la comparaison avec la vie de la femme chocolat. Les secrets de famille ont toujours été tus par ses aïeuls, ce qui a laissé Olivia Ruiz chercher dans les tiroirs d’une commode d’imagination des histoires d’amour, des tragédies, des secrets que l’on dit à demi-mots, que l’on dévoile au compte-goutte, au fil des liens inter générationnels.

Le roman se lit vite, la rencontre avec les personnages successifs les rend attachants. Les secrets se dévoilent au fur et à mesure que les tiroirs sont ouverts par l’héroïne du roman. Des secrets transmis par ceux qui n’ont pas tout dit lorsqu’ils étaient encore là. Dans ce premier roman que je recommande aux amoureux de la péninsule ibérique ou du sud-ouest, aux cumulards comme moi et à tous les autres aussi, il est fortement question de l’exil, de ces patronymes à changer en passant la frontière, pour se reconstruire, s’intégrer le mieux possible quitte à effacer l’identité de sa propre chair.

L’autrice le dit elle-même, ce roman peut résonner dans l’actualité des flux de réfugiés qui viennent s’échouer sur les plages de Méditerranée. Et cela n’est pas haut en couleurs.

Delphine