Je m’appelle Zeina, je suis lesbienne et je viens du Liban. Je suis à avocate à la cour au barreau de Beyrouth. Je suis arrivée à Metz le 25 novembre 2019. J’ai dû fuir ma famille, la société et mon pays : je ne pouvais ni révéler ni exprimer ni vivre mon homosexualité (c’est un crime condamné par le droit pénal).

Ma première petite amie était ma meilleure copine à l’université. Mes parents nous ont surprises et m’ont forcée à me marier. Après 5 années de mariage est né mon fils. Une autre relation de 2 ans avec une femme l’a fait réaliser qu’il n’était pas possible de vivre en sécurité et épanouie dans mon pays.

Grâce à un ami homosexuel avec qui je discutais, j’ai appris que les personnes homosexuelles étaient protégées par des lois en Europe. Comme je disposais d’un visa français qui allait prendre fin, j’ai très rapidement pris deux billets d’avion pour le Luxembourg pour mon fils et moi. Après une nuit à l’hôtel, je me suis rendue dans la ville la plus proche du Luxembourg qui disposait d’une préfecture : Metz. J’y ai déposé une demande d’asile. J’étais en France, je me suis sentie libre.

A Metz, l’assistante sociale m’a aiguillée vers Couleurs Gaies où j’ai rencontré des bénévoles qui nous accueillis, mon fils et moi, chaleureusement. J’avais enfin trouvé un endroit où je pouvais être écoutée avec beaucoup d’attention, sans être jugée, et où je pouvais m’exprimer librement. J’étais enfin comprise et en présence de personnes qui me ressemblaient. On m’a également assuré que mon fils était bienvenu.

Dès les premières visites à Couleurs Gaies, je me suis rendue compte que l’ambiance qui y régnait était sympathique et chaleureuse : le local représentait la maison que mon fils et moi n’avions pas en France et les membres de Couleurs Gaies, la famille que nous avions quittée. J’ai réellement commencé à m’intégrer en répondant à l’appel à bénévolat pour les travaux de rafraichissements du local au printemps : c’est en aidant les membres de Couleurs Gaies que les liens ont commencé à se tisser.

J’ai également participé à un repas organisé à Couleurs Gaies et je me suis retrouvée autour de la grande table comme le membre d’une famille qui se réunit. C’est ce moment qui a confirmé mon envie de faire partie de cette famille dont les membres m’acceptent telle que je suis. Cela m’a fait un bien fou. Depuis quelques semaines, je suis en phase d’apprentissage à Couleurs Gaies. Je découvre des termes, des notions et des définitions que je ne connaissais pas car trop éloignées de ma culture : certains sujets sont tabous au Liban. J’ai vraiment envie que mon fils grandisse en s’ouvrant à la différence jusqu’à ne plus la remarquer.

L’idée du bénévolat est venue progressivement. Je participe depuis peu à des formations, à des actions. Une fois que j’aurai amélioré mon français et après avoir acquis les connaissances requises, je pourrai apporter quelque chose à Couleurs Gaies, riche de mon expérience personnelle et professionnelle.

J’ai un rêve qui m’est inspiré par Couleurs Gaies et ses bénévoles : j’aimerais un jour défendre les droits des personnes LGBTQI+ au Liban et, à terme, y créer une association LGBTQI+. Bien sûr, je sais qu’il y a beaucoup de travail à abattre pour atteindre cet objectif qu’il faudra faire face à des difficultés et des menaces mais je voudrais faire en sorte que ce rêve devienne réalité.

Zeina