Le Centre LGBTQ+ de Lorraine Nord lance une campagne à destination des quartiers et des zones péri-urbaines. Karim Belgharbi porte parole de Couleurs Gaies à Longwy fait le point sur les enjeux de ce dispositif.

Karim Belgharbi porte-parole de Couleurs Gaies à Longwy

Karim tu es l’un des portes paroles de Couleurs Gaies. Le Centre LGBTQI + lance une campagne à destination des quartiers tu peux nous expliquer pourquoi ?

La campagne s’intitule « Pas de quartiers pour les haines anti-LGBT ». Elle fait réaction à l’agression qu’a subi un jeune couple homosexuel l’été dernier, en faisant ses courses dans un hypermarché de Metz. Le couple s’est fait suivre, insulté et craché dessus par un groupe de jeunes puis menacé « de ne plus jamais revenir dans le quartier de Metz-Borny ». En plus d’avoir alerté le procureur de la république et le directeur de l’hypermarché au sujet de cette agression homophobe, l’association Couleurs Gaies souhaite interroger les populations des quartiers sur la place qu’occupe les groupes sexuels et de genre minoritaires. En effet, l’espace public est profondément façonné par les normes hétérosexuelles et cisgenrées. Ou qu’il se trouvent, les personnes LGBT+ doivent développer des stratégies pour pratiquer des espaces qui s’ils ne leur sont pas systématiquement hostiles, cherchent à les rendre invisibles. Par cette campagne, la communauté LGBT+ rappelle que : « Oui nous existons dans l’espace public, y compris dans les quartiers populaires ! ».

L’accès à l’espace public est un enjeu considérable pour les personnes LGBT+. Tu penses que l’action de Couleurs Gaies peut faire la différence ?

En effet, dans toutes les villes du monde, l’espace public est à la fois émancipateur, lorsque l’on dispose des moyens et des codes pour le maitriser, et oppresseur car saturé de normes et d’interdits, en particulier pour les personnes n’appartenant pas aux groupes dominants. L’action de Couleurs Gaies vise à rendre visibles les personnes LGBT+ « invisibilisées ». Parmi ses objectifs, le centre LGBTQI+ milite activement pour promouvoir et défendre l’égalité des droits des personnes LGBT+ sur l’espace publique. Par exemple, elle réalise des actions de visibilité des personnes LGBT+ : opération de collage sur la PMA pour toutes, participation à des manifestations (village associatif « étudiant ma ville »), rassemblements en hommage à des personnes LGBT + ayant été victimes ou non de discriminations, création et animation d’un groupe de jeunes LGBT+, d’une commission sur la visibilité lesbienne, d’une commission politique l’organisation de la Marche des Fiertés sur Metz chaque année, qui est un symbole de l’appropriation de la rue par les personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres. En soi, toutes ces actions visent à ce que les personnes LGBT+ s’approprient l’espace public pour être visibles, non seulement socialement, mais aussi spatialement.

Au-delà de l’aspect communication, que propose le Centre LGBTQI + pour les LGBT+ éloignés des grands centres urbain ?

Je pense qu’il est important de créer du lien. Notamment du lien social. En effet des personnes LGBT+ éloignées des métropoles peuvent être invisibilisées, et choisissent de demeurer dans le placard ou n’expriment pas la nécessité d’affirmer une identité sexuelle ou de genre. Les pressions sociales, des espaces qui leur sont interdits, des barrières psychospatiales voir la crainte de l’outing, font que des personnes LGBT+ se construisent selon des stéréotypes qui les obligent à modifier leur comportement pour rester anonymes et s’isoler, en particulier dans les milieux ruraux et dans les quartiers des banlieues populaires. C’est ainsi que l’association ouvre un espace de sociabilité à toutes les personnes quelle que soit leur identité. Elle organise la solidarité vis-à-vis des personnes en questionnement sur l’homosexualité, la bisexualité et la transidentité, qu’elles soient directement ou indirectement concernées. Couleurs Gaies les aide à ouvrir la parole, recréer du lien, notamment avec les proches et les familles.

Tu es toi même d’origine maghrébine, dans ta famille ou à tes ami.e.s. ça a été compliqué de parler de ton orientation sexuelle ?

Aujourd’hui encore, l’homosexualité est largement rejetée au sein des communautés religieuses monothéistes. Au sein de l’enseignement religieux et notamment dans l’islam, confession dans laquelle j’ai été éduquée pendant mon enfance, il s’exprime une morale sexuelle rigoriste et une rigidité à l’égard de toute sexualité et identité de genre qui s’éloignent de la « norme » hétérosexuelle cisgenre. Les personnes LGBT+ sont perçues comme perverses ou malades. Et les préjugés homophobes ont la vie dure. En effet, le coming-out dans ma famille n’a pas été facile et l’accueil de cette nouvelle s’est exprimée par le jugement et le rejet. Fort heureusement, j’ai un entourage et surtout mon conjoint Damien qui m’apportent un soutien important. Un soutien que je souhaite à mon tour apporter à toutes les personnes qui ont pu subir une discrimination et de l’exclusion par leurs proches. Ce point de départ a été notamment à l’origine de la création de l’antenne Longovicienne de Couleurs Gaies avec mon conjoint et un ami. Aujourd’hui, je suis fière de dire que l’on peut vivre pleinement sa sexualité et son identité de genre, y compris lorsque l’on a grandi dans un quartier populaire où la pression religieuse est forte.