Fabien Rau, gérant de la discothèque l’Endroit, sera présent lors de la visite de la Ministre Elisabeth Moreno au Centre LGBTQI+ de Metz. L’occasion pour le patron de la seule discothèque LGBT-friendly de Lorraine de livrer son sentiment, ses appréhensions et ses attentes….

Vous êtes le gérant de la seule discothèque LGBT+ de Metz. Comment vivez-vous cette situation exceptionnelle ( COVID19 fermeture) ?

Oui nous sommes la seule discothèque gay-friendly de Metz et des environs (Nancy n’en a pas par exemple) et nous sommes référencés dans plusieurs magazines en France mais également chez nos voisins frontaliers.

Autant dire que nous avons une visibilité importante. Il faut souligner qu’une boîte comme la nôtre attire la curiosité. Nous proposons des shows et des spectacles que d’autres clubs traditionnels ne feraient pas… 17 ans d’ouverture, ce n’est pas donné à beaucoup d’établissements et nous en sommes fiers – sans aucune prétention bien sûre -.

Aujourd’hui, cette pandémie nous tombe dessus. C’est une situation exceptionnelle et nous la vivons comme une fatalité, comme un coup de massue que l’on ne peut pas contrôler et qui ne pouvait être anticipé. Fermer notre établissement (depuis mars tout de même), c’est une catastrophe ! S’il s’agissait d’une fermeture administrative, par exemple engendrée par une faute comme le manquement à des règles d’hygiène, de sécurité, des incidents à répétitions, nous aurions pris nos responsabilités. Mais dans ce contexte, malheureusement, les gérants de club n’y sont pour rien dans cette fermeture. Et c’est la toute la difficulté que l’on peut ressentir !

Vous étiez présent au Centre LGBTQI + de Metz pour accueillir la Ministre Élisabeth Moreno. Que souhaitez-vous lui dire de cette situation complexe ?

Nous souhaitons d’abord la remercier et souligner l’intérêt qu’elle porte à la situation des personnes LGBTQI+ en région. Il s’agit ici, avant tout, de défendre les droits fondamentaux de tous les êtres humains quelles que soient leurs orientations sexuelles ou leurs identité de genre. Déjà, je souhaite rappeler que notre discothèque accueille une majorité de gays, lesbiennes, transformistes, travestis, personnes transgenres… qui ont besoin de se retrouver dans des lieux qui leurs sont dédiés ! C’est un moyen de créer du lien, une instance de sociabilité indispensable notamment pour les membres les plus jeunes de la communauté ! On ne juge pas, on discute, on rencontre des personnes avec une ouverture d’esprit que l’on ne trouve pas forcément dans un club traditionnel. Se sentir à l’aise sans préjugés est l’esprit même de notre club et des autres bars ou lieux LGBT-friendly.

Cette situation complexe nous a éprouvés psychologiquement : on a l’impression de ne pas en voir le bout ! Personne n’y peut rien. C’est un virus que l’on ne connaît pas vraiment, et qui peut faire peur !

L’Etat, quoi que l’on pense, a bien su garantir les droits des entreprises ! Mais la véritable question est jusqu’à quand pourrons nous tenir ? Une réouverture de nos établissements est normalement prévue au mois d’avril 2021, soit 1 an sans activité ! C’est long, trop long…. Nous avons perdu toutes les économies d’une vie, des économies qui sont sur nos comptes depuis 10 ans, car nous avions à l’époque la crainte qu’il se passe quelque chose. Nous avons fait des sacrifices et avons décidé de ne pas toucher aux bénéfices. Une partie de ces derniers devait servir à effectuer des travaux car le club en a bien besoin. Alors je me demande combien de temps il va nous falloir, en travaillant d’arrache-pied, dans un milieu aussi complexe que celui de la nuit, pour remonter la pente. J’ai racheté ses parts de la société à mon ancien associé. Tous les mois, je dois rembourser 600 euros de crédit pour un établissement qui est fermé, sans rentrer un seul centime ! Je ne tiendrai pas longtemps, et les dettes s’accumulent de plus en plus. Alors, oui, des aides nous en avons reçu et l’Etat fut très réactif mais, moi personne physique et non personne morale, je n’ai absolument rien touché ! Forcément nous attendons des solutions… mais cela me semble compliqué de faire au cas par cas !

Vous participez chaque année au défilé de la Marche des Fiertés LGBTQI +. Vu le contexte particulier, allez- vous pouvoir continuer à soutenir l’événement ?

La marche des fiertés nous a manqué cette année… et à tout le monde ! C’est un moment fort en terme d’affirmation de soi et de visibilité pour bon nombre de nos client.e.s. C’est un défilé qui se veut politique et festif ! Un moment de bonne humeur. Cela change des autres manifestions comme la manif pour tous avec leurs invraisemblables discours qui blessent de nombreuses personnes LGBT. Tant que la communauté LGBT+ est la cible d’attaque LGBT-phobes parce que deux mecs ou deux femmes se tiennent la main, le combat n’est pas fini. Et c’est pour cela aussi que l’on a besoin de lieux de divertissement comme le nôtre pour rassembler des personnes qui veulent vivre leur sexualité sans être montrées du doigt. Si tous ces lieux existent encore, c’est qu’il y encore du chemin à parcourir.

Avez-vous des attentes concernant l’accompagnement du gouvernement pour les discothèques ? Pensez-vous qu’il faille imaginer d’autres façons de fonctionner pour les établissements de nuit ?

Malheureusement les discothèques sont un peu la dernière roue du carrosse. On s’occupe des bars, restaurants, salles de spectacles… mais les clubs peuvent attendre, c’est le ressenti de tous. Parce que dans un bar à ambiance où les gens dansent, dans des clubs libertins ou les gens fricotent… le virus n’existe pas ! Alors pourquoi nous, patrons de boîtes de nuit, devons-nous subir cette situation ? Cela tient juste à la classification des établissements en fonction de leur licence. Un bar : tu peux ouvrir. Un club : tu ne peux pas ouvrir car on ferme trop tard ! Mais nous pouvons gérer les risques de contaminations ! On sait comment faire et on a du staff qui surveille. C’est une question de savoir vivre aussi, et de responsabilisé de chacun : sensibiliser les clients on le fait déjà. Alors un protocole sanitaire, on peut s’y adapter même si cela nous coûte de l’argent ! Nous sommes prêts à refaire tourner la boutique. Car cela reste une entreprise à part entière avec un local, des charges monstrueuses, des emplois à sauver et surtout un investissement personnel de 10 ans qui s’effondre petit a petit. Dans ces conditions, difficile de garder l’espoir et le moral. Concernant d’autres façons de faire fonctionner l’établissement cela nous mènerait à la faillite totale ! La configuration de notre club ne nous permet pas d’envisager autre chose : nous ne sommes pas un café ni un restaurant !

Une boîte de nuit qui ouvre à 20h et qui ferme à 2h, autant ne rien faire ! Personnellement je ne crois pas à la fermeture petit à petit des clubs. Il faut juste nous laisser faire ce que l’on sait faire le mieux : gérer une clientèle, même si il y a des contraintes ! Ici à Metz nous n’avons jamais eu de problèmes pour faire respecter l’ordre ! Nous voulons continuer à travailler dans l’intérêt de la ville et de celui de la communauté.