Le 13 octobre dernier a eu lieu, au local de Couleurs Gaies, le vernissage de l’exposition “Le génie lesbien à travers l’Histoire” de la Commission de la Visibilité Lesbienne. Notre objectif était de mettre en avant des femmes lesbiennes peu connues et qui, pourtant, ont eu impact ou ont fait de grandes choses. 

Pour continuer à faire vivre l’exposition, même en ces temps compliqués, nous avons choisi le blog pour présenter ces héroïnes de l’ombre à celles et ceux qui n’ont pas pu se rendre au local. Pour commencer cette série d’articles, nous allons commencer par deux d’entre elles : Benedetta Carlini et Anne Lister ; nous vous laissons les découvrir ! 

1. Soeur Benedetta Carlini 

Née en 1590 dans une famille très cathologique, Benedetta entre dans un couvent à ses 9 ans, à la demande de ses parents. Elle y restera jusqu’à la fin de ses jours, complètement coupée du monde extérieur. 

Dès ses 23 ans, elle commence à avoir des visions au contenu religieux et érotique qui lui font terriblement peur. Elle dit même recevoir des traces de plaies sur son corps, rappelant celles infligées au Christ. Elle est gardée dans une cellule, sous la surveillance de Soeur Bartholomea Crivelli. En parallèle, elle continue à gagner en notoriété au sein du couvent et est élevée au rang d’abbesse. 

En 1619, une enquête est ouverte lorsque Benedetta déclare avoir été habitée par le Christ. Quatre ans plus tard, les Soeurs du couvent sont interrogées, et c’est à ce moment là que les relations lesbiennes de Benedetta sont révélées : Bartholomea affirme, par honte ou par peur du jugement peut-être, que Benedetta la forçait à avoir des relations sexuelles avec elle, au moment où ses hallucinations étaient très présentes ; la raison à ça ? Bartholomea avoue avoir voulu obéir à ce que l’ange (dont Benedetta se disait possédée) lui disait de faire. 

Quelques années plus tard, Benedetta est condamnée à 35 ans de prison pour cause de relations sexuelles jugées contre-natures. Elle obtient ensuite le droit de finir ses jours en suivant la règle au service des malades et des pauvres. 

2. Anne Lister 

(c) Calderdale Metropolitan Borough Council; Supplied by The Public Catalogue Foundation Anne Lister

Propriétaire terrienne ayant hérité de la maison Shibden Hall, en Angleterre, après la mort de ses quatre frères, elle tiendra le domaine comme une véritable femme d’affaire en faisant fructifier, en pleine révolution industrielle, les mines de charbons qui s’y trouvent. Elle n’a cessé de chercher à parfaire une éducation qu’elle n’a pas pu avoir du fait de son genre, en se formant à l’algèbre, aux langues anciennes, à la philosophie, la géographie, l’anatomie. Anne Lister était aussi une grande voyageuse polyglotte qui a traversé l’Europe, a vécu à Paris, et a été la première à gravir à pieds le mont Vignemale dans les Pyrénées (3298 m). 

Considérée comme la première lesbienne moderne, Anne Lister est aussi connue pour avoir rédigé à partir de ses 15 ans un journal intime jusqu’à sa mort à 49 ans avec, au total, 6600 pages. Certaines parties sont écrites avec une orthographe inventée qu’elle appelait “crypthand”. Ces passages cryptées concernaient ses histoires d’amour et sexuelles avec des femmes. Ce journal raconte ce que c’était que d’être lesbienne à une époque où il n’existait aucun mot pour décrire cette sexualité et où les autres refusaient de la reconnaitre. On y découvre aussi ses tentatives pour se définir et pour déterminer sa sexualité. 

Une plaque commémorative arc-en-ciel a été accrochée sur le mur de l’église où elle s’est mariée sans reconnaissance légale avec Ann Walker. 

Manon & Louise, de la Commission Visibilité Lesbienne