Les invitées : la commission lesbophobie de l’association (rq. : la vérification automatique d’OpenOffice souligne en rouge le terme encore et toujours trop exotique de « lesbophobie »), Irène Zeilinger (sociologue et formatrice d’auto-défense pour femmes dans l’association Garance (Belgique), Sylvie Tissot, sociologue à l’université Paris-8).

D’abord, selon le rapport annuel sur les LGBTIphobies établi par l’association, l’année 2020 serait marquée par une augmentation du pourcentage de témoignages de lesbophobie, celle-ci étant souvent composée d’agressions physiques et/ou sexuelles. L’espace public est décrit comme l’espace le plus dangereux pour les lesbiennes (contrairement aux gays pour lesquels c’est plutôt le milieu familial qui s’avère être le plus toxique). Par ailleurs, 50% des cas de lesbophobie ont lieu contre des couples. Ces agressions sont le faits d’hommes seuls ou en groupe, et contre des femmes ayant entre 18 et 34 ans.

Irène Zeilinger a parlé des stratégies d’évitement pour anticiper ou éviter les violences. D’après son expérience, elle parle d’une véritable charge mentale qui pèse en permanence sur les couples de lesbiennes dans l’espace public ; elle a témoigné de son impression de devoir « faire de l’éducation permanente » lorsqu’elle se trouve avec sa compagne dans la rue. Elle rappelle que la visibilité lesbienne est importante sur le plan individuel, mais aussi collectif, afin de pouvoir faire communauté et mieux lutter pour nos droits à exister au niveau politique. Selon elle, il s’agit de lutter à deux niveaux : – diminuer les facteurs de risques (par la prévention, l’éducation, la « normalisation » du lesbianisme, les sanctions), – augmenter les facteurs protecteurs (autodéfense féministe, création d’alliances avec d’autres mouvements, comme les mouvements féministe, antiracistes, etc).

Sylvie Tissot a parlé de ses études sociologiques dans des quartiers gay-friendly de centre-ville, à New York et à Paris, en se posant la question non-seulement de la visibilité lesbienne, mais de quel type de visibilité on parle. Elle a ainsi pu mettre en évidence les limites posées à la visibilité lesbienne : – méfiance persistante par rapport à la présence trop explicite de lesbiennes et à la valeur sexuelle attachée à cette présence, – la visibilité est acceptée car filtrée (une différence est établie entre les lesbiennes qu’on apprécie, les « féminines », et celles auxquelles sont accolés trop de préjugés du fait de leur mise à distance de la féminité classique, censément trop masculines, agressives, etc), – la valorisation de la visibilité lesbienne se fait à condition de les maintenir dans un statut inférieur en réaffirmant une hiérarchie (dénonciation de l’entre-soi trop manifeste, etc), – l’acceptation de la visibilité lesbienne est utilisée comme marqueur d’une supériorité morale que l’on met fièrement en avant (« diversité-alibi »).

Le lien vers le groupe Visibilité Lesbienne de Couleurs Gaies : https://www.facebook.com/groups/627819617766801/?multi_permalinks=786848771863884&notif_id=1606298407983858&notif_t=group_activity&ref=notif

Les livres des intervenantes :

  • Irene Zeilinger : Non c’est non. Petit manuel d’autodéfense à l’usage des femmes qui en ont marre de se faire emmerder (2008)
  • Sylvie Tissot : Gayfriendly (2018)

Anna-Livia.