Je suis né en 1937, à Saint Etienne, dans le lit conjugal de mes parents. La sage-femme qui m’a reçu a tout d’un coup annoncé : « C’est un garçon ! ». Grande joie dans la famille, mes parents avaient déjà deux filles et mon grand-père paternel avait cinq petites-filles et pas de petit-garçon.  Ni la sage-femme, ni ma mère, ni mon père n’ont alors remarqué que ce garçon était homosexuel. Et pourtant !

A 12/13 ans je l’ai compris et j’étais certain qu’il fallait le cacher.

Entre 15 et 18 ans j’ai entretenu une relation amoureuse avec un élève de ma classe. Puis il y a eu une période de 6 ans d’abstinence totale : le service militaire de 28 mois, la tuberculose pulmonaire que j’ai soignée pendant 2 ans. A 25 ans j’arrive à Metz, seul. Pour la première fois je peux disposer de moi. Je vais trouver un ami et vivre mon homosexualité. C’est une immense désillusion, je n’ai connu que des rencontres furtives et bientôt la déprime.

Et puis, j’ai côtoyé de façon sympathique pendant 2 ans une jeune fille, toute frêle mais particulièrement dynamique. Et voilà qu’elle me fait une demande en mariage. J’ai refusé, je n’avais pas le droit au mariage. Mais un jour c’est sa maman qui m’apprend qu’à la naissance cette fille est affectée d’une malformation congénitale. Il en résulte des accidents de santé qui périodiquement mettent sa vie en danger. Elle ne m’en avait jamais parlé. Moi, à la naissance, j’étais homosexuel et je ne lui en avais jamais parlé.

Nous nous sommes mariés. Jamais nous n’avons parlé ni de sa malformation, ni de mon homosexualité. Souvent elle est tombée malade. Toujours, secrètement, j’ai rencontré des garçons. Mais serrés l’un contre l’autre nous avons voulu montrer que nous pouvions être utiles, dans notre famille, dans mon métier, dans nos engagements dans la vie de la société. Et nous avons réussi.

Le 10 septembre 2016 nous devions fêter 50 ans de mariage. Ma petite épouse était hospitalisée et le 15 septembre elle est décédée.

Je me suis retrouvé seul. J’avais 79 ans. J’ai fait le bilan de ma vie et j’ai ressenti comme une dette envers le mouvement LGBT car je n’ai rien apporté dans l’évolution de la condition des homosexuels qui est passée de la maladie honteuse des années 1950 au mariage pour tous en 2013.

Je suis venu rue des Parmentiers, j’ai poussé la porte du local de l’association Couleurs Gaies, j’ai simplement dit que j’étais disponible. J’ai reçu un accueil merveilleux. Stéphane m’a poussé, avec beaucoup d’amitié, vers les Interventions en Milieu Scolaire pour y présenter mon témoignage. Outre l’intérêt évident des IMS, j’ai, en parlant de moi devant 135 classes, ressenti une extraordinaire libération.

Aujourd’hui, bien sûr, je suis membre de Couleurs Gaies et j’y suis bénévole.

Le corona virus et mon « grand âge » m’imposent un confinement, j’espère pouvoir revenir bientôt.

François