En Anglais, « to pay tribute » signifie « rendre hommage ». Je propose ici un petit bond en arrière dans l’histoire pour un bref hommage aux deux très british Oscar Wilde et Alan Turing, créatures mythiques, de la littérature pour l’un, et de l’informatique pour l’autre, que vous connaissez déjà tous très bien, bande d’ignares, puisqu’ils sont gay. Je vais donc me contenter de vous rappeler leurs fins tragiques et tristement analogues, à deux époques fort différentes, bien que séparées seulement par un demi-siècle (mais deux guerres mondiales).

Oscar Wilde

Oscar Wilde, écrivain et poète né en 1854 à Dublin, nous a laissé, entre autres chefs d’œuvres de la littérature qu’il n’est plus besoin de lister, des citations juteuses du type : « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais » (Le portrait de Dorian Grey) ou : « Il y a deux tragédies dans la vie : l’une est de ne pas satisfaire son désir, l’autre est de le satisfaire » (L’Éventail de Lady Windermere). Vous voyez d’ici le personnage : esprit de contradiction, humour caustique, dandysme raffiné. Évidemment, pour couronner le tout, il était un inverti notoire (gardons le vocable d’époque) ; ou plus exactement un « sodomite », si l’on se réfère aux rumeurs répandues par le père de son amant pour casser sa réputation. Erreur du naïf Oscar : lui intenter un procès pour diffamation ; « as-tu oublié dans quel monde tu vivais ? », a-t-on rétrospectivement envie de lui demander plaintivement. Parce qu’à une époque où l’homosexualité était pénalisée, les tribunaux ont transformé subtilement la victime en accusé : en 1895, Oscar Wilde, condamné à la peine maximale, est emprisonné deux ans avec quatorze mois de travaux forcés. A sa sortie, détruit moralement, il est contraint à l’exil, et meurt dans la misère à Paris en 1900 ; il avait 46 ans.

Alan Turing

Alan Turing, mathématicien et cryptologue de génie, né en 1912 à Londres, est considéré comme le père de l’informatique. On a d’ailleurs très envie de rappeler aux masculinistes et autres homophobes qui se répandent allègrement à travers les réseaux sociaux, à qui ils doivent les moyens de leur sinistre expansion : à un second inverti notoire ! Il contribue à l’effort de guerre côté « alliés » avec sa machine à décrypter les messages codés allemands, ce qui l’amène à créer les premiers ordinateurs ; rappelons, tant qu’on y est, qu’à l’époque de l’informatique naissante et balbutiante, cette discipline était majoritairement pratiquée par la gent féminine (jamais de « e » à « gent »). Or, en 1952, soit 57 ans après Oscar Wilde, la justice poursuit Alan Turing, selon un procédé similaire au premier : Turing ayant porté plainte suite à un cambriolage, il s’est avéré que le cerveau du méfait était un ancien amant, et la victime se retrouve une fois de plus à la place de l’accusé. Accusation : « indécence manifeste et perversion sexuelle » ; choix : prison ou castration chimique. Notre Alan choisit la deuxième option. Brisé physiquement par le traitement aux œstrogènes et dépressif, il se suicide deux ans plus tard en croquant dans une pomme imbibée de cyanure (ce qui aurait, selon la légende, inspiré le logo d’Apple) ; il avait 41 ans.

Ces deux êtres ont inspiré moult (jamais de « e » à « moult ») films. Le plus récent sur Oscar Wilde, The happy prince (Ruppert Everett, 2018), je ne l’ai pas vu ; le plus récent sur Alan Turing, Imitation game (Morten Tyldum, 2015) est très bien, avec la tronche et le talent de Benedict Cumberbatch dans le rôle de Turing (qui a par ailleurs relaté ses propres « expérimentations » homosexuelles d’adolescence dans le magazine LGBT+ « Out »).

Anna-Livia.