Celle qui sera plus tard connue sous le pseudonyme de Marguerite Yourcenar est née sous le nom de Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour en 1903 en Belgique. Plus tard, elle choisira “Yourcenar” comme pseudonyme qui n’est d’autre que l’anagramme de son nom de famille de naissance “Crayencour” (avec le “C” en moins).

Sa mère étant décédée quelques jours après l’accouchement, Marguerite Yourcenar sera élevée par son père et sa grand-mère paternelle ; grâce à ces deux figures d’affection, elle partira en voyage et s’intéressera aux langues et à la littérature. Extrêmement curieuse et douée, elle n’aura pas besoin de suivre un enseignement scolaire pour obtenir son baccalauréat à l’âge de 16 ans. Sa grandeur d’esprit sera ensuite mise au service de l’écriture pour le plus grand bonheur de ses lecteur·ice·s.  

Alors qui d’autre qu’elle pouvait accéder à l’Académie Française ? Son élection en 1980 est un événement important puisqu’elle est la première femme a accéder à cette institution auparavant entièrement masculine. Si sa candidature est source de polémiques, l’écrivain Jean d’Ormesson défend son admission. 

Au cours de sa vie, en plus de son talent d’écrivaine, elle s’engage dans la cause animale notamment à travers son végétarisme, mais aussi avec son militantisme. Celle qui a soutenu Brigitte Bardot dans ses combats a développé des réserves pour les animaux et pour la nature et s’est entourée d’animaux domestiques et sauvages tout au long de sa vie. 

Une écrivaine LGBTQI+ 

À en croire la biographie de Marguerite Yourcenar telle qu’elle est largement diffusée, on ne fait souvent pas immédiatement le lien entre cette écrivaine et la communuauté queer. 

Pourtant, dans plusieurs de ses oeuvres, Marguerite Yourcenar parle d’homosexualité masculine et elle le fait d’ailleurs dès son tout premier roman “Alexis ou le traité du vain combat” qui est une longue lettre dans laquelle un homme parle à sa femme de son homosexualité. 

S’en suivront ensuite plusieurs autres ouvrages traitant de cette même thématique sans, pour autant, jamais prononcer ce mot (ce qui peut laisser penser que l’homosexualité semble être un sujet tout à fait banal pour l’écrivaine) : 

  • Coup de grâce” (1939) : à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le narrateur nous raconte comment il est pris dans un triangle amoureux ; la question de l’homosexualité semble se poser pour ce personnage principal. 
  • Mémoires d’Hadrien” (1951) : sur fond historique, l’écrivaine nous offre les mémoires fictives de l’empereur qui écrit une lettre destinée à son successeur (le futur Marc Aurèle) dans laquelle il semble faire un bilan de sa vie. Son personnage évoque ainsi son amour envers d’autres hommes. 
  • L’Oeuvre au noir” (1968) : le personnage principal, là aussi ayant connu des relations avec des hommes, revient sur certains événements de sa vie, mêlant fiction et éléments historiques. 
  • Mishima ou la Vision du vide“ (1981) : dans cet essai, Marguerite Yourcenar nous apporte une analyse de la vie et des oeuvres de l’écrivain japonais Yukio Mishima ouvertement homosexuel. 

Aussi une femme queer !  

En 1937, elle fait la rencontre de l’universitaire américaine Grace Frick qui deviendra la traductrice de plusieurs de ses œuvres. Elle se rend ensuite aux États-Unis lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, accompagnée de Grace qui devient alors sa compagne. C’est aussi à ce moment-là qu’elle obtient la nationalité américaine et est reconnue légalement sous le nom de Marguerite Yourcenar. 

Elle vivra 42 ans auprès de Grace jusqu’à la mort de cette dernière en 1979. Marguerite meurt à son tour en 1987, alors âgée de 84 ans. Les deux femmes sont incinérées et leurs dalles funéraires sont placées ensemble dans le cimetière Brookside de Somesville. Là où gît Grace est inscrit “Hospes comesque” (Hôte et compagne). À leur côté se trouvent les cendres du dernier compagnon de Marguerite, Jerry Wilson, mort en 1986 des complications du sida. 

Si la sexualité est une thématique majeure dans les œuvres de Marguerite Yourcenar, la sienne reste pourtant assez “secrète” dans le sens où ses relations lesbiennes sont peu mises en avant par ses biographes et par elle-même. À tel point qu’il est difficile, a posteriori, de définir clairement son orientation sexuelle : l’hypothèse de la bisexualité se pose puisqu’elle a, a priori, été amoureuse d’André Fraigneau, lui-même homosexuel.  Mais on peut aussi se demander si elle n’avait pas en tête l’idée du lavender marriage dans lequel deux personnes homosexuelles se mettent ensemble pour feindre une hétérosexualité. 

Le mystère perdure encore mais, ce qui est sûr, c’est que cette grande écrivaine avait bien quelque chose d’LGBT en elle ! 

Manon