Pissotières et commerces :

Dans les années 50, les tasses (pissotières) deviennent des lieux de rencontre homo et le resteront jusque dans les années 70, où elles seront délaissées pour l’île du Saulcy. Fin des années 60, ouverture du premier bar homo messin, Le Cléris (18 rue des Clercs), qui suit de quelques années l’ouverture du ‘Kilt’ (2 rue de la Pierre hardie – maison natale de Verlaine), une discothèque ‘friendly’. Fin des années 70, fermeture du Cléris, le patron du Kilt (André Amard, dit Dédé) ouvre une discothèque, Le Bizarroïde (1 rue des Murs), sur le modèle des discothèques gay du quartier parisien de la rue Sainte Anne. Dans les années 80, ouverture du bar Le Sporting (place des Paraiges), Le Bizzaroïde (qui a changé plusieurs fois de nom : Le New Biz, Le 7, L’Ambigu) est supplanté par la discothèque Le Privé (Moulins-lès-Metz) et le Colony (rue Vigne-Saint-Avold). En 1989, ouverture du Club (rue aux Ours) qui deviendra Le Privilège puis L’Endroit, tandis que sur le lieu de l’ancien Kilt se succèdent plusieurs bars gays (L’Ascott, L’Appart, le Boys’Code).

L’entrée discrète du Bizzaroïde, rue des Murs à Metz.
Authentique pissotière (ou tasse) messine

Sans ces lieux de rencontre, pas de sociabilité. Sans sociabilité, pas d’organisation possible contre l’oppression.

Des associations disparues

Arcadie ouvre une antenne à Metz le 3 février 1974, sous l’impulsion de Jean Rittié : réunions, sorties, bulletins, lettre à l’évêque de Metz, 5 livres offerts à la bibliothèque. Du 23 au 24 mai 1977, congré national d’Arcadie à Metz (salle Europa à Montigny). Disparation d’Arcadie en 1982. Début des années 80, création d’un GLH (groupe de libération homosexuelle) dont le siège est situé à la librairie Geronimo (31 rue du Pont des Morts) et qui se réunit les mardis soir (tiens, tiens !) au LSD (rue du Wad Billy), création d’une antenne de David et Jonathan (créée à Paris en 1972), création d’une antenne de GAI Lorraine (créée à Nancy en 1982) qui se réunit souvent au coffee shop L’Eclipse (16 rue des Jardins). En 1988, création du groupe lesbien ELSECLIT, en 1987 création d’Aides Lorraine Nord.

Source : Hexagone gay (www.hexagonegay.com)

AIDES Lorraine-Nord et son groupe Homoaction

Le groupe HomoAction voit le jour en 1987, à la création de l’antenne de AIDES Lorraine Nord.

D’abord centré autour de l’intégration des gays séropositifs au HIV, ainsi que sur la notion d’autosupport, les actions du groupe de bénévoles vont ensuite se tourner vers le volant prévention des risques de transmission.

Mais AIDES est aussi conscient que face aux drames humains liés au sida, le Droit français ne permet pas de réponse adaptée. L’association va donc s’engager sur un volet de transformation sociétale, encourageant notamment le développement des associations gays militantes afin de porter les revendications et tenter de faire évoluer le Droit français (pour les plus jeunes, concernant les enjeux sociaux liés au HIV je ne peux que conseiller les films « Les Témoins » et « 120 battements par minute »).

Au niveau local, le groupe HomoAction de AIDES jouera aussi, provisoirement, un rôle intégrateur: pour quelques jeunes gays venus de la campagne mosellane, le groupe sera une porte d’entrée dans le monde « homo » et ses codes. Pour d’autres, l’étiquette HIV agira telle un repoussoir, confirmant que l’émergence d’une association identitaire était plus que nécessaire.

Qraft, le périodique de Aides Lorraine Nord – Homo Action

Les bénévoles du groupe HomoAction, une poignée au début, presque une vingtaine à son apogée, sont principalement des hommes gays autour de la trentaine, mais seront rejoints par d’autres personnes aux profils plus divers : des femmes (lesbiennes et hétéro), des bi, des transgenres…

L’approche qui est revendiquée par AIDES est calquée sur celle du monde anglo-saxon : une approche de prévention communautaire, par et pour les pairs. Cependant, cette approche suppose qu’une communauté structurée soit présente, or justement Metz connait alors une période sans association de militants.

L’accroche se fera donc dans un premier temps via les commerces gayfriendly (LGBT+ était un code encore bien mystérieux à cette époque), et surtout via les lieux de rencontre extérieurs et autres lieux identifiés de la drague entre hommes, des lieux dont la fréquentation noctambule était encore importante à cette époque (ne pas voir la tête de ses éventuels partenaires de jeu n’était pas encore synonyme de profil « fake »!). Plus concrètement, les bénévoles de AIDES arrivaient en soirée sur ces lieux, installaient une convivialité, proposaient des discussions et du partage d’information « sans tabou », à partir du vécu et des pratiques sexuelles des personnes en présence.

Conscient de l’absence d’une association militante locale, et du besoin de générer un élan pour le développement d’une sociabilité gay plus importante, le groupe HomoAction va développer le festival des JMH, en partenariat avec le cinéma indépendant messin, et avec un réseau de partenaires associatifs et commerciaux chaque année plus important : les Journées Messines de l’Homosexualité étaient nées, ancêtres des futures TransCulturelles qui seront portées ensuite conjointement par Couleurs Gaies et le groupe HomoAction, puis par Couleurs Gaies seule.

Par la suite, AIDES Lorraine Nord et le groupe HomoAction continueront à soutenir Couleurs Gaies, (partage des locaux, participation à l’organisation des premières Gay pride messines), tout en recentrant son action autour de la prévention, dans le contexte de l’apparition du bareback et d’un relâchement des pratiques de « safe sex ».

En ce début des années 2000, le monde associatif gay prenait son envol, et la dynamique LGBT allait voir le jour. Pour la prévention au HIV, un changement de taille allait faire basculer de paradigme : finie l’approche collective et communautaire, place à la Prep et à sa logique individualiste, bien plus en phase avec son époque.

Laurent Varlois, ancien volontaire de AIDES Lorraine-Nord.