Metz à la fin des années 70 :

souvenirs de Jacques Fourès, responsable de l’ancienne libraire Geronimo

« En septembre 1976, j’ouvre cette librairie avec quelques potes, évidemment sans argent, sans aucune idée de ce qu’est un commerce puisque j’avais fait des études de philosophie. Et surtout, sans être conscient des répercussions que ça pouvait avoir, des demandes qui allaient affluer. Il faut savoir que Metz était une ville réactionnaire, très dure, avec une bourgeoisie commerçante et militaire très craintive. Dès que tu bouges un truc, on te tombe dessus à bras raccourcis. Avec la librairie Geronimo, c’est tout de suite l’effroi. Mais je ne m’en étais pas rendu compte. Je faisais ça vraiment comme un engagement politique. Il y avait une exigence, une demande qui succédait à mai 68. Il y avait tous les mouvements politiques, un mouvement de la jeunesse à Metz qui commençait à pousser sérieusement.

Et donc on ouvre cette librairie et, très vite, il y a des gens qui viennent pour faire des réunions, tous types de réunions, … le front de libération de la Corse, des trucs fous quoi ! Et des réunions antimilitaristes ! Je m’en rappellerai toujours, parce qu’en plus on n’était pas tellement futé, on fait une première manifestation sur les propriétés foncières de l’armée à Metz. Ça, il ne faut pas le faire, c’est vraiment une mauvaise idée parce que ça les touche tout de suite. On se fait repérer, visite des flics et tout. Les réunions avaient lieu le soir. Je filais la clé. On avait mis sur pied une gestion collective de la librairie. Ça n’a pas duré trop longtemps. Heureusement, parce qu’elle n’aurait pas duré 45 ans. Les groupes qui se réunissaient donnaient des bibliographies des livres à commander pour qu’ils figurent dans la librairie, sauf qu’il y avait quand même une fonction de commerce que tous ces gens ignoraient, et moi le premier.

Je ne pourrais pas dater exactement mais je pense que c’est en 1977 que des gens viennent me voir et me disent :

« On cherche un lieu pour constituer un groupe de libération homosexuelle à Metz ». J’en avais un peu entendu parler et je dis OK. J’ai une anecdote. A l’époque donc, la municipalité était de droite, c’était Rauch. Et un jour, un militant socialiste qui venait régulièrement distribuer Le Chardon, il voit l’affiche du GLH que j’avais mise en vitrine et il me dit : « Ça, tu vois, camarade, c’est des voix pour la droite ». Je n’oublierai jamais ce truc-là, c’est une phrase courte, sèche, mais elle est tout à fait révélatrice. Après tu réfléchis et tu te dis que c’est une connerie absolue. N’empêche, voilà ce que ça pouvait provoquer comme réaction.

Parmi tous ces groupes qui ont essaimé dans la librairie ou autour de la librairie, les deux qui ont été marqueurs sont le GLH et le groupe de libération de la Palestine. »

Le 17 mars 2000, un an après la création de l’association, Couleurs Gaies organise sa première conférence-débat publique à la librairie Geronimo, rue du Pont des Morts. Nous avions alors été surpris par la rapidité de l’acception de notre proposition par Jacques Fourès, ignorant la tradition d’accueil de la librairie et marchant sans le savoir sur les traces du GLH dont nous ne connaissions même pas l’existence.

Pression policière exercée par la ville de Metz

sur un établissement gay au début des années 80

Procès de Couleurs Gaies contre la ville de Metz

au sujet de la Pride (2004 – 2010)

En 2004, Jean-Marie RAUSCH, maire de Metz, s’oppose au passage de la 2e Pride de Lorraine
dans le secteur piétonnier, pour des motifs de sécurité. Les militant.e.s de Couleurs Gaies n’ont pas d’autre choix que celui d’obtempérer mais menacent de porter plainte pour discrimination si la municipalité laisse passer le cortège de la Saint Nicolas. En décembre 2004, le cortège de la Saint Nicolas circule dans un secteur piétonnier bondé de monde. En 2005, Couleurs Gaies porte plainte contre la Ville de Metz. Couleurs Gaies perd son procès en première instance. L’association fait appel et sollicite l’avis de l’HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité). L’analyse de la HALDE confirme qu’il y a bien eu, selon elle, discrimination.

En 2008, le nouveau maire de Metz, Dominique GROS, autorise le passage de la Pride dans le secteur piétonnier mais demande aux services de la Ville de soutenir l’argumentaire de Jean-Marie RAUSCH devant la Cour d’appel du tribunal administratif. Cette décision va susciter durablement l’incompréhension et la rancœur des militant.e.s LGBT+ (cf. affiche ci-contre). Couleurs Gaies sera définitivement déboutée en 2010. La Ville ne réclamera jamais les dépens.

Affiche de protestation : Jean-Marie Rausch, Dominique Gros et la Pride (2004-2010)