Je suis une femme qui aime les femmes, le cinéma, les séries, les cinéastes aussi, du moins celles et ceux qui aiment les femmes qui aiment les hommes ou les femmes. Dans tous les cas, j’aime que le regard posé sur les personnages féminins soit celui d’une caméra bienveillante, horizontale, égalitaire au sens de la femme actrice jouant un rôle dans toute son entièreté, toute sa sincérité, sa séduction aussi. Mais jamais, la femme actrice comme objet du désir de l’homme, comme objet tout court en fait. Je le savais déjà depuis bien longtemps, bien avant que les salles obscures se ferment à leur public. Depuis, plusieurs lectures au cours de cette dernière année, m’ont fait découvrir toute une prose, tout un travail de recherches sur ce que l’on appelle le female gaze. Grâce aux écrits d’Iris Brey notamment, mais je pourrais tout autant citer le magazine Gaze, ou encore chaque entretien avec la scénariste et réalisatrice Céline Sciamma quant à sa vision du cinéma.

Avec son essai Le Regard féminin paru aux éditions de l’Olivier, Iris Brey a couché sur le papier la définition du female gaze, ce qu’il est, ce qu’il n’est pas. Cette spécialiste des représentations du genre et des sexualités dans les films et les séries explique par l’exemple, éclaircit l’histoire et les postures, explicite par l’image et le sens que les cinéastes, hommes ou femmes confondus, apportent au male ou au female gaze. Et parce qu’il est désormais convenu d’une nécessaire éducation à l’image, aux images, l’autrice s’est associée à l’illustratrice Mirion Malle pour une version jeunesse de son essai. Aux éditions La ville brûle, je ne saurais que conseiller Sous nos yeux, Petit manifeste pour une révolution du regard. Iris Brey y explique aux plus jeunes (dès le collège) en de courts chapitres ce que filmer avec un regard féminin signifie, ce qu’il a de salutaire pour l’éducation des filles ET des garçons, dans leur représentation de la sexualité, des rapports entre les sexes, de la montée du désir. Oui, le consentement y trouve sa place, comme le porno, et la culture du viol dans certaines (pourtant très bonnes) séries telles Game of Thrones. De nombreux exemples aiguilleront également vos choix de films ou de séries pour ouvrir la discussion avec vos enfants, copains, neveux, élèves…

Delphine