Meurtre Roland Morainville (1983)

Toutes les villes ont, à chaque génération, un personnage haut en couleur qui affiche aux yeux de tous son homosexualité ou sa follitude. A Metz, durant les années 70-80, ce personnage s’appelle Roland Morainville, mais tout le monde l’appelle « La Morainville » et quelques intimes « la Reine » ou « La Marraine ».

Quand la Morainville promène son exubérance permanentée dans les rues commerçantes de Metz, elle ne passe pas inaperçue. Issu de la bonne bourgeoisie messine, il est toujours habillé d’un costume sur mesure du plus grand chic, cravate et pochette assorties, chevalière en or. Eternellement bronzé, la Morainville, militant involontaire ou conscient de la cause homosexuelle, a le mérite de ne rien cacher de ses tendances et de faire acte de visibilité à une époque où l’homosexuel de province doit vivre caché et réfréner ses tendances en public. On le croise dans tous les lieux gays de Metz, du Bizzaroïde au Privé, où il offre à boire à une cour de jeunes minets plus intéressés par sa générosité que par sa beauté plastique. On dit aussi que les soirées qu’il organise dans son grand appartement de la rue du Pont Saint Marcel sont particulièrement chaudes et toujours arrosées au champagne.

Cet appartement bénéficie non seulement d’une vue splendide sur un des bras les plus romantiques de la Moselle à l’arrière du théâtre mais surtout sur la tasse de la Comédie, la plus fréquentée de la ville, au pied du Temple Neuf. Dans le milieu gay messin, la Morainville catalyse à elle seule tous les ragots imaginables mais aussi une forme de respect, car il ose afficher ce que les autres n’ont pas le courage de laisser entrevoir. Par une froide soirée du 15 décembre 1983, Roland Morainville a été égorgé dans son appartement par deux jeunes voyous qu’il avait invités pour passer un moment distrayant. Après avoir dérobé son argent et quelques objets de valeur, ils ont mis le feu à l’appartement pour maquiller toutes les traces de leur crime. L’intervention des pompiers dans ce quartier historique n’est pas passée inaperçue et le meurtre de la Morainville non plus.

Il est mort comme il a vécu, en militant malgré lui de la cause homosexuelle. La façade noircie de son appartement restera longtemps le témoin du sort que beaucoup d’homosexuels de l’époque subissent, généralement dans l’indifférence générale. L’Ile du Saulcy est quotidiennement l’objet d’agressions et fréquemment de meurtres au couteau sans que la presse locale n’y consacre une ligne. Et Metz est à l’image de toutes les villes de province où l’homosexuel est simplement un objet de chantage, de racket, ou de violence exercée parfois par d’autres homosexuels refoulés qui n’admettent pas que certains aient eu plus de courage qu’eux en assumant leur sexualité. Si, en proportion de la population, Paris est derrière la province en termes de statistiques, parce que l’homosexualité est mieux tolérée, le journal Gai Pied recensera néanmoins pour la seule année 1983, onze meurtres d’homosexuels dans la capitale.

Meurtre de Pierre-Edouard Gauthier (2010)

Pierre-Edouard Gauthier, 73 ans, est retrouvé mort le 25 juillet 2010 à son domicile du Pontiffroy à Metz. Professeur agrégé de mathématiques à la retraite, il a notamment exercé aux lycées Fabert et Georges-de- la-Tour.

Ces proches parlent de lui comme d’un mélomane, d’un passionné de littérature et de philosophie. Le frère de la victime, Jean-François Gauthier, dit qu’il vivait une « homosexualité épanouie qu’il assumait. Il connaissait tout Metz et les bourgeois de la cité se battaient pour lui confier leurs enfants en cours de maths alors qu’ils le savaient homosexuel. C’est vrai que mon frère s’intéressait aux jeunes hommes, sans que ce soit pour autant pour une partie de fesses, mais il aimait les aider quelles que soient leurs origines sociales. Il avait aussi parmi ses amis des personnes comme le maire de Paris, Bertrand Delanoë. » Un ami de la victime parle d’un homme « généreux ». « Je ne suis pas psychanalyste, mais je pense qu’avec l’âge et les années, Pierre-Edouard cherchait à établir avec de jeunes gens, souvent marginaux, des relations paternelles. Il y avait le côté :  » J’ai des fils que je n’ai jamais eus  » ».

Pierre Edouard Gauthier rencontre Stéphane Breuer, 24 ans, un jeune marginal, peu de temps avant le crime. Il le reçoit à son domicile du 9 place Valladier au Pontiffroy à Metz, au troisième étage de l’immeuble. Le 25 juillet 2010, ce sont les sapeurs- pompiers, prévenus par un ami qui n’a pas de nouvelles depuis plusieurs heures, qui déploient la grande échelle pour entrer par une fenêtre.

Dans le salon, ils découvrent le corps de Pierre- Edouard Gauthier dans la position agenouillée, avec le visage enfoui sur le canapé. Il a les mains ligotées dans le dos par un lacet et porte de nombreuses traces de violences sur le visage. Il a une bouteille enfoncée dans l’anus. L’autopsie révèle que l’ancien professeur est mort par strangulation avec un lien. L’appartement présente un léger désordre, des traces de lutte et de sang.

Stéphane Breuer est placé en garde à vue après une interpellation effectuée le 27 juillet à Metz. Il est jugé en octobre 2012, à l’âge de 26 ans. La cour d’assises retient le caractère homophobe du meurtre, développé tant du côté de la partie civile que du ministère public.

Mais les jurés sont également sensibles à la vie chaotique de l’assassin en proie à la violence dès son enfance. Il est condamné à vingt ans de réclusion.

Synthèse des articles du Républicain Lorrain réalisée par François et Stéphane.

Agressions lesbophobes et homophobes à Metz des années 2000 aux années 2020