L’Endroit est LE club gay et LGBT de Metz, on peut même dire de la Moselle. Il fait partie du paysage, il semble avoir résisté à toutes les modes, toutes les concurrences qu’elles viennent de Metz ou de Nancy. Aujourd’hui le club s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de son existence.
Rencontre avec Fabien Rau, figure des nuits messines et patron de L’Endroit.

Fabien, patron de l’Endroit

Couleurs Gaies : Peux-tu nous raconter un peu les origines de L’Endroit ?

Fabien Rau : L’Endroit doit fêter ses 18 ans au milieu de cette année 2021. Mais l’établissement, dont la particularité est bien connue de la communauté LGBT de Metz, remonte bien avant 2003, lorsque le club s’appelait Le Privilège. À cette époque, il était tenu par d’autres personnes, qui en avaient fait un lieu déjà mythique de la scène gay messine. En 2003, mon ancien associé Antoine a voulu perpétuer et garder ce côté si atypique.

CG : Comment toi-même es-tu arrivé à la tête de l’Endroit ?

FR : Pendant mes études à la faculté de Metz, pour gagner de l’argent et pouvoir m’en sortir (tout le monde sait qu’être étudiant n’est pas toujours simple) je voulais travailler, être actif et ne pas manquer les cours en journée pour pouvoir réussir. La seule option était de travailler en bar de nuit ou en discothèque. J’ai tout appris au Cotton Club à St Julien Les Metz. Pendant mon master en communication, j’ai rencontré le DJ de l’époque, Junior Hax, qui m’a fait entrer à l’Endroit pour réaliser des supports de communication, mais aussi pour travailler au bar. Tout est parti de là. 
Par la suite et ne trouvant pas forcément dans ma branche, qui est un domaine assez fermé, j’ai continué à travailler dans la discothèque, en ayant des responsabilités de plus en plus importantes. Au bout d’un an, je suis passé responsable. Et au bout de deux ans, j’ai racheté des parts à Antoine, le gérant de l’époque. Je m’occupais alors de tout : le bar, les équipes, la communication, les soirées… et aussi tous les soucis qui vont avec !  Tenir un club est loin d’être facile… c’est un vrai travail voire plus. C’est un commerce comme les autres.

CG : On dit les clubs gays finis à cause des sites des applications de rencontres et des droits acquis, ce qui ne contraindrait plus nos communautés à se retrouver dans des lieux dédiés. Qu’en penses-tu ?

FR : Il est vrai que les rencontres ont été facilitées par les applications sur nos smartphones. Avant cette technologie, il fallait sortir et ce n’était pas forcément simple. Tout le monde a besoin de voir la personne réellement et pas qu’en photo sur son téléphone. Il faut toujours ce contact humain, ce regard… qui sont la base de la rencontre.  Et c’est tellement plus passionnant.

CG : Quel impact cela a-t-il eu sur le club, sur ses stratégies pour rester attractif ? Comment as-tu vu l’Endroit évoluer depuis ton arrivée ?

FR : Le club n’a pas vraiment été impacté. On ne vient pas qu’à l’Endroit pour draguer. C’est un tout : voir ses amis, voir de nouvelles personnes, danser ou tout simplement boire un verre.  On a fait des partenariats avec Grindr par exemple. Le but était que les personnes inscrites sur ce site pouvaient se rencontrer lors d’une soirée spéciale. Et ça a plutôt bien fonctionné. Le club a évolué avec les mœurs de la société.
Personnellement, avant mon arrivée dans l’établissement, je n’étais pas forcément à l’aise à l’idée de sortir dans le milieu. Cela faisait un peu sectaire, on me met dans une case. Aujourd’hui l’Endroit est populaire pour la communauté LGBT, mais aussi pour les hétéros. Et tout le monde s’adapte bien, car tout le monde se respecte. Et c’est ce que nous cherchons aussi. À notre niveau, on essaye de faire évoluer les mentalités en ne fermant justement pas les portes à un type de clientèle.

CG : Aujourd’hui, tu es toi-même sur le départ, de nouveaux patrons reprennent le club. Pourquoi partir maintenant ?

FR : Je pense qu’il est temps, que j’ai fait mon temps… Douze ans ce n’est pas rien. C’est épuisant, fatigant et j’ai envie de vivre le jour, et pas que la nuit. J’ai depuis trois ans un nouveau job dans mon domaine qui est la communication et le marketing. Peut-être que je vais le regretter ! Non, je vais réellement le regretter mais il faut savoir laisser la place. 
Aussi, il est compliqué de travailler dans le milieu gay et de vivre une vraie relation de couple. J’en ai fait la douloureuse expérience malheureusement. La crise liée au covid m’a aussi ouvert les yeux. Avoir une discothèque, c’est assez instable. Tout peut s’arrêter du jour au lendemain.

CG : Tu peux nous présenter les nouveaux patrons ? Quels sont leurs projets, leurs ambitions pour l’Endroit ? L’Endroit va rester le club LGBT de la ville ?

FR : Christophe et sa femme Joyce sont de Nancy. Ils connaissent bien le monde de la nuit car ils avaient des établissements sur Nancy. Ils ont actuellement une brasserie. Ils ont des idées novatrices et un recul sur l’évolution des discothèques. Pat est de Pont à Mousson. Il est gérant d’un bar dans cette ville. C’est intéressant de mixer tous ces professionnels pour pouvoir avoir de nouvelles ambitions et un regard critique sur l’avenir du club.

CG : Le 9 juillet, les discothèques rouvrent enfin après les fermetures liées à la pandémie du covid 19. Cette période a été pour le moins unique et ce sont les discothèques qui ont payé le prix le plus fort. Comment L’Endroit a-t-il résisté pendant cette période ? Le club risque-t-il de disparaitre comme tant d’autres clubs à cause de la pandémie ?

FR : Nous sommes bien aidés en France et nous avons de la chance. Quand je vois les autres pays comme l’Espagne qui n’ont pratiquement rien eu, on peut s’estimer heureux. Les premiers mois ont vraiment été compliqués. Une bonne partie de notre trésorerie acquise pendant des années a été liquidée. Il a fallu du temps pour que tout se mette en place. On ne gagne pas d’argent, mais on en perd plus… mais le principe d’un commerce est de faire des bénéfices… ce qui n’est pas du tout le cas. Il va falloir recommencer à zéro. Et ne pas voir le bout du tunnel rendait les choses encore moins simples. Maintenant nous espérons que tout va rentrer dans l’ordre, car quelques mois de fermeture de plus n’auraient pas été envisageables.

CG : Vous avez mis à profit ce temps pour rénover le club. Tu peux nous en dire plus ?

FR : Oui nous avons du temps pour repenser la configuration du club. Et il était temps ! Il fallait donner un bon coup de neuf. Nous avons cassé le bar et l’avons changé de place, ce qui permet d’avoir deux espaces réellement distincts. Ce sera plus convivial. Pour le reste, c’est à vous de venir voir. Mais il y a du changement ! Les travaux ont duré assez longtemps et ça vaut le coup d’œil. On recommence à zéro alors autant que tout soit impeccable.

CG : Le 9 juillet, c’est la grande réouverture. Qu’ont prévu les équipes quoi pour le retour de l’Endroit ?

FR : Nous avons prévu le paquet ! Nouveau club, nouveau départ… dans le respect des règles sanitaires. Je n’en dirai pas plus… surprise !

Propos recueillis par Jonathan