Elles portent toutes les deux des noms de fleurs, Capucine et Violette. Plusieurs décennies les séparent mais un lieu les réunit, l’Ehpad. Celui dans lequel Capucine a tenu à faire son stage pour devenir aide-soignante, et celui dans lequel Violette vient d’arriver, la mort dans l’âme, après une chute qui l’a contraint à quitter sa maison, et son chat Crampon.

Le roman de Delphine Pessin, Deux fleurs en hiver, est édité chez Didier Jeunesse. Il faisait partie de la sélection du prix Chronos en 2020. Il est un très bon titre à plusieurs niveaux. D’abord, il permet la rencontre entre deux générations que tout oppose à priori. Il symbolise ce basculement entre les rôles tenus par les uns et les autres tout au long d’une vie. Ce moment où l’ancienne institutrice doit céder et accepter d’être aidée dans les gestes du quotidien les plus intimes parce que le corps, fatigué, ne suit plus et n’obéit plus malgré un caractère affirmé. Ce moment où l’enfant devenue adolescente arrive aux portes de sa vie professionnelle. Une vie professionnelle choisie et non subie, comme cela est trop souvent le cas dès lors qu’est abordé le sujet des voies professionnelles. A ce titre, le roman est une aubaine pour travailler l’orientation avec les jeunes lecteurs. Tous les élèves n’ont pas à cœur de poursuivre en voie générale. Non qu’ils n’en aient pas les capacités, simplement qu’ils choisissent plus tôt une voie qui leur permet de travailler dans un secteur déjà choisi.

Delphine Pessin aborde également la mort, le deuil, l’acceptation de la perte d’autonomie et de ses proches. Le pardon aussi, et les secrets inavoués. Ce roman n’est pas morose ni monotone. Il ne tombe pas dans la mièvrerie ni la complaisance en dressant un tableau idyllique des Ehpad. Bien au contraire, l’autrice n’hésite pas à relever les difficultés du métier, les heures supplémentaires qui s’ajoutent aux gardes longues, très longues… au détriment des rapports humains avec les résidents et leurs familles. Un livre jeunesse et grand public.

Delphine