Connu pour ses engagements, Alain Damasio fait une entrée remarquée dans la littérature jeunesse. Scarlett et Novak est son dernier né aux éditions Rageot. Un texte court, très court. Un texte fort et pertinent. Un texte écrit pour les ados accros à leurs portables mais pas seulement. Un texte qui sera vite lu, à la manière d’un épisode vite regardé sur son smartphone. Une nouvelle dystopique qui plonge le lecteur dans une réalité toute proche. Celle de Novak que l’on découvre courant dans les rues d’une ville dont seul son brightphone connaît le plan. C’est Scarlett, de sa voix douce et informée, qui lui indique le chemin à prendre, son chronomètre, son rythme cardiaque, son état d’esprit. Car Scarlett sait tout de lui. Scarlett, c’est Novak. Dans un format de 10 cm sur 5 que tous les lecteurs possesseurs d’un téléphone connaissent aujourd’hui. Scarlett sait aussi que Novak est poursuivi par deux hommes qui en veulent à son outil de haute technologie. Qu’arriverait-il s’ils parvenaient à leurs fins ? Toute la vie de Novak est dedans ! D’ailleurs, ce brightphone, c’est sa vie. Peut-il être possible de s’en passer ? Les nomophobes jureront que non. Et Novak ? Que décidera-t-il une fois dépourvu de tout ce qui constituait sa vie, 24/7 ?

Alain Damasio offre une nouvelle qui permet d’interroger nos propres pratiques individuelles. Ces extensions de nos mains, de nos cerveaux, que l’on soit jeunes et moins jeunes, appartiennent au quotidien. En se projetant à peine quelques années (mois ?) en avant, quelles seront nos attitudes en refermant le livre ? Les mots de l’auteur trouveront-ils un écho dans nos pratiques ?

L’auteur prolonge l’édition avec un poème intitulé Une vie passée à caresser une vitre, écrit à l’attention des utilisateurs de smartphone. Il est à mon avis un formidable point d’entrée pour une discussion avec votre adolescent (ou avec vous-même).

Delphine