C’est dans les années 80 qu’on commence à entendre parler du sida, cette maladie dévastatrice et particulièrement au sein de la population gay. La peur régnait : les modes de transmissions étaient encore mal connus et la mort était certaine. La communauté lesbienne a tout de suite voulu apporté son soutien ; ces femmes se sont appelées les “Blood Sisters”. 

Etant les premières victimes du sida, les homosexuels ont subi encore davantage de discrimination, à tel point que, très vite, le sida a porté le terrible nom de “cancer gay”. Ce n’est que quelques années plus tard qu’il a été avéré que même les personnes hétérosexuelles peuvent aussi être touchées. 

Mais la méconnaissance de la maladie et du virus s’est poursuivie, et ce, même dans le monde médical : la peur du sida était si forte que certain·e·s professionnel·le·s de santé refusaient de soigner les personnes atteintes du VIH. Les gens craignaient de les toucher et même d’être dans la même pièce qu’eux. 

C’est à ce moment-là que le comité électoral des femmes The Women’s Caucus du Parti Démocratique de San Diego (le San Diego Democratic Club) s’est rassemblé pour former les “Blood Sisters”, à l’initiative de Barbara Vick notamment. En deux ans, plus de la moitié des dirigeants hommes de ce parti avaient succombé à la maladie. Dans d’autres villes, des femmes lesbiennes se sont également regroupées pour soutenir les hommes gays qui ont dû faire face à l’homophobie, à la peur de mourir et au deuil de proches. Toutes ces Blood Sisters se sont donc portées volontaires à plusieurs niveaux : rendre visite aux hommes atteints du VIH, l’aider sur le côté administratif, leur permettre de maintenir des liens sociaux, lutter contre les préjugés, collecter des fonds. 

En 1983, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes subissent l’interdiction de donner leur sang, contrairement aux femmes ayant des rapports avec des femmes. Bon nombre de lesbiennes se sont, une fois encore, mobilisées pour faire des dons de sang et “recharger” petit à petit les réserves de sang qui s’appauvrissaient sérieusement. Les Blood Sisters ont ensuite organisé des collectes régulières où il était possible de désigner spécifiquement qui allait recevoir ce don – assurant ainsi aux personnes vivant avec le VIH et le sida un stock de sang nécessaire pour compenser leur manque, dû aux nombreuses analyses sanguines. Lors de la première collecte organisée en 1983, n’étaient attendues qu’une cinquantaine de personnes ; mais ce sont près de 200 femmes qui sont venues donner leur sang. 

C’est environ après 4 ans de mobilisation, que le groupe des Blood Sisters s’est progressivement dissout. Coïncidence ou pas, leur dissolution est arrivée après que le président des Etats-Unis avait pour la première fois prononcé en public le mot “sida” ; les choses allaient peut-être pouvoir être prises en main au niveau politique. 

En 2016, les membres fondateurs des Blood Sisters de San Diego ont été honorées par les Archives Lambda de San Diego lors de leur événement Heroines, Pioneers and Trailblazers. L’interview réalisée à cette occasion est disponible en anglais sur ce site : https://archive.org/details/casdla_000193 

Heureusement, il y a eu un bon chemin parcouru depuis, même si le combat est loin d’être terminé (en passant, nous pouvons saluer le travail incroyable réalisé par l’association AIDES notamment). Cet article est notamment l’occasion de rappeler qu’aujourd’hui, la population gay n’est plus la principale touchée par ce virus, notamment grâce à l’importante prévention qu’il y a eu depuis le début de la pandémie. Grâce aux avancées scientifiques, il est maintenant possible de vivre avec le VIH en France ; ce qui n’est malheureusement pas le cas de tous les pays : en 2017, plus de 40% des personnes vivant avec le VIH n’ont pas accès à ces médicaments. 

Manon