Que j’aime cette littérature jeunesse qui prend nos adolescents au sérieux. Que j’aime ces auteurs qui écrivent sur leur époque, dans leur époque, sans faire le buzz d’un sujet que certains diront brûlant. Non, le sujet est bien présent, mais cela fait longtemps. Que croyaient-ils ? La campagne pestilentielle portant vers nous des bourrasques nauséabondes, j’en entends déjà pousser des cris d’orfraie à l’idée que leurs enfants puissent trouver en ces romans quelque idée saugrenue à changer d’identité. Si cela était une mode, un passage, une crise d’ado, ça se saurait. Alors merci, mais non merci.


Dans son roman It, Catherine Grive aborde sans détour la question d’une ado qui ne relève pas lorsqu’on la prend pour un garçon alors qu’il est né fille. Il n’y a pas tromperie sur le sujet, c’est écrit bien gros sur la couverture. Moi, cela me réjouit, car les élèves sauront de suite si le sujet les intéresse, les interpelle. C’est l’idée.

Si ce sujet est la toile de fond du roman, l’autrice n’en oublie pas pour autant les atermoiements classiques d’un adolescent qui ne l’est pas moins, finalement. Un incendie a ravagé l’immeuble de ses parents. Ce choc familial va bousculer adultes et enfant. Dans leur quotidien, dans leur rapport aux autres, à l’école ou dans la rue, dans leur rapport à eux-mêmes aussi. Pour Joséphine, Jo, le drame brûlant sème en son for intérieur quelque chose de tout aussi incandescent. Son vrai moi, son identité, sa prise de conscience que quelque chose cloche sans savoir tout à fait pourquoi, ni comment l’entendre. Et puis un jour, telle une bougie qui vacille dans un souffle, Jo s’illumine et tout s’éclaire. Elle n’est pas fille. Elle est garçon. Il est garçon. Il est.

La question de la transidentité est abordée dans ce roman tout comme la différence, la naissance, la reconstruction, la difficulté de s’ouvrir aux autres et de partager ses émotions. Catherine Grive offre aux jeunes lecteurs quelques graines à semer dans leur entourage et aux adultes de quoi ouvrir la discussion.

Delphine