Découverte #5 : Julien Green

Parmi les écrivains qui ont peuplé mon adolescence se trouvait Julien Green. Cet été, j’ai décidé de relire quelques uns de ces romans lus il y a une quinzaine d’années ; je me suis demandé : pourquoi ne parle-t-on presque plus aujourd’hui de Julien Green ? Il est pourtant un des rares écrivains dont les œuvres ont été publiées dans La Pléiade de son vivant, collection distinguant les œuvres majeures. C’est bien dommage, tant ses romans sont profonds, prenants, subtils, et tant ils parviennent à atteindre des méandres rarement explorés de l’âme de humaine, du moins avec cette justesse.

Il faut dire que Julien Green a vécu de 1900 à 1998, ce qui lui laissait le temps de voir son œuvre prendre son allure de grande œuvre. Parents américains, naissance à Paris, rencontre de l’écrivain et journaliste Robert de Saint-Jean qui restera son compagnon jusqu’à la mort de ce dernier, pendant une soixantaine d’années. Amour longtemps prétendu platonique (mon œil…), puisque Julien Green souffrait de son homosexualité, qu’il considérait incompatible avec sa foi : il était fervent catholique.

Certains de ses romans portent ainsi la marque de l’interdit, de la répression d’une sexualité vécue comme une tare honteuse par la morale de l’époque (d’avant les années soixante). L’autre sommeil, roman court, raconte la découverte par un adolescent de son amour pour un garçon après la première guerre mondiale (époque de l’adolescence de l’auteur qui a traversé le siècle de sa longue vie) qui vient secouer son existence morne et étouffante.

Mais je vous conseille surtout Le malfaiteur, la version actuelle évidemment parce qu’une censure bien pensante avait pris soin d’effacer des pages trop explicites qui auraient pu choquer le lecteur moyen dans son petit fauteuil confortable : le malfaiteur, c’est Jean, condamné à vivre son homosexualité en secret dans une société bourgeoise corseté, hypocrite, que Julien Green décrit sans indulgence dans ses petites bassesses et son étroitesse d’esprit (les censeurs de son roman ont dû se sentir concernés…).

A vrai dire, je vous conseille aussi tous ses autres romans, Moïra, Le visionnaire, Adrienne Mesurat, etc… C’est une littérature exigeante, captivante, avec cette atmosphère unique à Julien Green qui vous amènera dans un autre monde, une autre époque. A vos bouquins ! Et parlez de Julien Green, qu’on ne l’oublie pas, qu’on ne le range pas dans le musée de ces auteurs qu’on considère comme datant d’une époque révolue : la vraie littérature ne sent jamais la poussière.

Anna-Livia.