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Pride Story #8 : Les “Blood Sisters” : le combat des lesbiennes contre le sida

C’est dans les années 80 qu’on commence à entendre parler du sida, cette maladie dévastatrice et particulièrement au sein de la population gay. La peur régnait : les modes de transmissions étaient encore mal connus et la mort était certaine. La communauté lesbienne a tout de suite voulu apporté son soutien ; ces femmes se sont appelées les “Blood Sisters”. 

Etant les premières victimes du sida, les homosexuels ont subi encore davantage de discrimination, à tel point que, très vite, le sida a porté le terrible nom de “cancer gay”. Ce n’est que quelques années plus tard qu’il a été avéré que même les personnes hétérosexuelles peuvent aussi être touchées. 

Mais la méconnaissance de la maladie et du virus s’est poursuivie, et ce, même dans le monde médical : la peur du sida était si forte que certain·e·s professionnel·le·s de santé refusaient de soigner les personnes atteintes du VIH. Les gens craignaient de les toucher et même d’être dans la même pièce qu’eux. 

C’est à ce moment-là que le comité électoral des femmes The Women’s Caucus du Parti Démocratique de San Diego (le San Diego Democratic Club) s’est rassemblé pour former les “Blood Sisters”, à l’initiative de Barbara Vick notamment. En deux ans, plus de la moitié des dirigeants hommes de ce parti avaient succombé à la maladie. Dans d’autres villes, des femmes lesbiennes se sont également regroupées pour soutenir les hommes gays qui ont dû faire face à l’homophobie, à la peur de mourir et au deuil de proches. Toutes ces Blood Sisters se sont donc portées volontaires à plusieurs niveaux : rendre visite aux hommes atteints du VIH, l’aider sur le côté administratif, leur permettre de maintenir des liens sociaux, lutter contre les préjugés, collecter des fonds. 

En 1983, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes subissent l’interdiction de donner leur sang, contrairement aux femmes ayant des rapports avec des femmes. Bon nombre de lesbiennes se sont, une fois encore, mobilisées pour faire des dons de sang et “recharger” petit à petit les réserves de sang qui s’appauvrissaient sérieusement. Les Blood Sisters ont ensuite organisé des collectes régulières où il était possible de désigner spécifiquement qui allait recevoir ce don – assurant ainsi aux personnes vivant avec le VIH et le sida un stock de sang nécessaire pour compenser leur manque, dû aux nombreuses analyses sanguines. Lors de la première collecte organisée en 1983, n’étaient attendues qu’une cinquantaine de personnes ; mais ce sont près de 200 femmes qui sont venues donner leur sang. 

C’est environ après 4 ans de mobilisation, que le groupe des Blood Sisters s’est progressivement dissout. Coïncidence ou pas, leur dissolution est arrivée après que le président des Etats-Unis avait pour la première fois prononcé en public le mot “sida” ; les choses allaient peut-être pouvoir être prises en main au niveau politique. 

En 2016, les membres fondateurs des Blood Sisters de San Diego ont été honorées par les Archives Lambda de San Diego lors de leur événement Heroines, Pioneers and Trailblazers. L’interview réalisée à cette occasion est disponible en anglais sur ce site : https://archive.org/details/casdla_000193 

Heureusement, il y a eu un bon chemin parcouru depuis, même si le combat est loin d’être terminé (en passant, nous pouvons saluer le travail incroyable réalisé par l’association AIDES notamment). Cet article est notamment l’occasion de rappeler qu’aujourd’hui, la population gay n’est plus la principale touchée par ce virus, notamment grâce à l’importante prévention qu’il y a eu depuis le début de la pandémie. Grâce aux avancées scientifiques, il est maintenant possible de vivre avec le VIH en France ; ce qui n’est malheureusement pas le cas de tous les pays : en 2017, plus de 40% des personnes vivant avec le VIH n’ont pas accès à ces médicaments. 

Manon

Chronique du racisme ordinaire #21 Sortir des clous quand on est prêtre…

Vous en avez certainement assez que je vous parle de religion, mais puisqu’il s’agit, enfin, de parler d’un prêtre qui s’engage à dépathologiser l’homosexualité, ou plutôt à la sortir du pêché, je me suis dit que ça valait le détour.

En août 2020, le père Matthieu Jasseron, 36 ans, entré au séminaire en 2013 pour devenir prêtre, s’inscrit sur TikTok pour y déposer régulièrement des vidéos sur des versets de la Bible ou à propos de divers sujets, le tout sur un ton humoristique « démystifiant » (houla !) le quotidien de la vie cléricale. Or, le 23 août, polémique : répondant à la question d’un internaute : « Est-ce qu’en étant gay nous sommes toujours chrétiens ? »,notre jeune et non moins brave père Matthieu répond que nulle part il n’est écrit dans le Bible que l’homosexualité est un péché. La vidéo est vue un million de fois, notre homme reçoit l’ire cléricale, sur Twitter, sur Youtube, où certains se missionnent (pardon pour ce recours un peu lourd au riche vocable chrétien) pour lui répondre dûment, parce qu’ils connaissent tous évidemment beaucoup mieux que lui le message biblique (en toute humilité, bien sûr).

Le père Matthieu Jasseron

Pour la Conférence des évêques de France, « ces vidéos […] dénaturent le message biblique » (https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2021/09/10/est-ce-qu-etre-homosexuel-c-est-peche-non-sur-tiktok-l-evangile-selon-perematthieu_6094212_4500055.html). L’abbé Matthieu Raffray sur Twitter : « [C’est] une doctrine absolument contraire à tout le Magistère catholique ! ». « Coup de buzz », selon le magazine Famille Chrétienne. Le frère Paul Adrien, lui, fait toute une vidéo sur la question (https://www.youtube.com/watch?v=f_Ksr31YUHo), titrée « J’ai mal à mon Tik Tok père Matthieu !!! », qui mérite absolument qu’on s’y attarde pour au moins un (long) paragraphe.

Notre tout aussi jeune et frais frère Paul Adrien maîtrise parfaitement les techniques de communication, surtout non-verbales, puisqu’il en use jusqu’à plus soif, on sent que tout ça est bien huilé (mais c’est toujours bien de bien faire son travail). Selon lui, les vidéos du père Matthieu « sont gravement maladroites » et il cherche, par son humble vidéo, à « rétablir la paix dans [sa] petite communauté », parce qu’on son objectif est surtout de ne pas créer de polémique (il suffit manifestement de le préciser avec bonne volonté et beaucoup de communication non-verbale très huilée pour l’éviter). Paul Adrien enjoint père Matthieu d’enlever ses vidéos, tandis que lui va tenter, en quelques humbles minutes, de nous aider à mieux voir ce que dit l’Église à propos de l’homosexualité. Parce que notre bon frère Paul, lui, il sait. Le Vrai Message de l’Église, à lui, ne lui échappe pas. Sûrement parce qu’il est spécialement humble. Bref. Que nous apprend-il ? Qu’il faut bien faire la distinction entre « attirance » homosexuelle, qui en soi n’est pas un péché, et « pratique » homosexuelle, « qui pour le coup est un péché hein, un péché grave. Bon. Et entre les deux, hein, c’est complexe. […] Justement, entre les deux il y a tout un espace pour la bienveillance, l’écoute, le dialogue. » Le dialogue et l’écoute, à condition de parler la même langue (il n’a pas précisé parce que ça va de soi). Il prend le temps de nous décrypter la vidéo de notre père Matthieu, de nous rappeler le Vrai de Vrai contenu du Lévitique avec l’interprétation Vraie du Catéchisme de la Vraie Église Catholique : « les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés […], contraires à la loi naturelle […] ». Frère Paul Adrien admet que ce vocabulaire est un peu vieillot. Mais au moins, les choses sont dites avec clarté (et Véracité). Il nous offre une petite synthèse : « L’homosexualité est une épreuve que les personnes n’ont pas choisie », en vertu de quoi, elles « doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse » (un peu comme des malades graves auxquels ont voudrait faire en sorte de ne pas faire sentir qu’on sait qu’ils sont gravement malades, non ?). Son objectif : « Faire grandir la personne, lui faire découvrir l’amour de Dieu. » Il ajoute : « Il devrait y avoir normalement moyen d’utiliser cette attirance que vous avez pour la cultiver dans le sens de l’amitié. Et ce qu’on dit classiquement c’est que l’amitié, c’est ce qui nous rapproche le plus de l’amour qu’il y a en Dieu, la source ultime du bonheur et de l’épanouissement. Mais des amitiés chastes et qui vous rendent heureux » (apparition pendant qu’il parle : images de deux femmes côte à côte, qui rient, des serviettes en chignons sur la tête (elles sortent ensemble de la douche ? Ah, les coquines !) avec le message : « L’amitié passionnée : une mystique divine »). Être chrétien et gay : là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et chasteté (pardon, Baudelaire).

Cette histoire me rappelle cette série de David Elkaïm et Vincent Poymiro, « Ainsi soient-ils », où l’on suit le parcours de jeunes séminaristes qui apprennent à devenir prêtres, avec une intéressante histoire d’amour gay entre deux séminaristes et avec ce prêtre, directeur du séminaire hors des clous qui en prend plein la gueule… Bon, tout ça pour dire : père Matthieu, ne fléchissez pas, on est avec vous (entre pêcheurs, comme dirait frère Paul Adrien, mais je vais peut-être arrêter de le charrier). D’ailleurs certains croient en lui, tel que son supérieur, monseigneur Hervé Giraud, selon lequel : « Il a du charisme, c’est un beau gosse, il crève l’écran » (héhé ! Affaire à suivre).

Anna-Livia.

La rubrique de D’doc #16

Connu pour ses engagements, Alain Damasio fait une entrée remarquée dans la littérature jeunesse. Scarlett et Novak est son dernier né aux éditions Rageot. Un texte court, très court. Un texte fort et pertinent. Un texte écrit pour les ados accros à leurs portables mais pas seulement. Un texte qui sera vite lu, à la manière d’un épisode vite regardé sur son smartphone. Une nouvelle dystopique qui plonge le lecteur dans une réalité toute proche. Celle de Novak que l’on découvre courant dans les rues d’une ville dont seul son brightphone connaît le plan. C’est Scarlett, de sa voix douce et informée, qui lui indique le chemin à prendre, son chronomètre, son rythme cardiaque, son état d’esprit. Car Scarlett sait tout de lui. Scarlett, c’est Novak. Dans un format de 10 cm sur 5 que tous les lecteurs possesseurs d’un téléphone connaissent aujourd’hui. Scarlett sait aussi que Novak est poursuivi par deux hommes qui en veulent à son outil de haute technologie. Qu’arriverait-il s’ils parvenaient à leurs fins ? Toute la vie de Novak est dedans ! D’ailleurs, ce brightphone, c’est sa vie. Peut-il être possible de s’en passer ? Les nomophobes jureront que non. Et Novak ? Que décidera-t-il une fois dépourvu de tout ce qui constituait sa vie, 24/7 ?

Alain Damasio offre une nouvelle qui permet d’interroger nos propres pratiques individuelles. Ces extensions de nos mains, de nos cerveaux, que l’on soit jeunes et moins jeunes, appartiennent au quotidien. En se projetant à peine quelques années (mois ?) en avant, quelles seront nos attitudes en refermant le livre ? Les mots de l’auteur trouveront-ils un écho dans nos pratiques ?

L’auteur prolonge l’édition avec un poème intitulé Une vie passée à caresser une vitre, écrit à l’attention des utilisateurs de smartphone. Il est à mon avis un formidable point d’entrée pour une discussion avec votre adolescent (ou avec vous-même).

Delphine

La rubrique de D’doc #15

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Lecture estivale mais rentrée scolaire en ligne de mire. Le sujet du roman de Claire Castillon paru cette année 2021 tombe plutôt bien. L’âge du fond des verres, c’est l’histoire de Guilène, qui entre en plein dans la période la plus tendue de la vie d’un adolescent : le collège, la sixième. Cette classe où l’on découvre un monde totalement codifié, voire codé pour celles et ceux qui n’ont pas la chance d’être accompagnés d’une Cléa qui s’y connaît plutôt pas mal pour sortir des bonbecs et toboggans de l’élémentaire. Tout est désormais bouleversé : il faut connaître les endroits autorisés dans la cour, le parc, sous peine de prendre un élève de 3e et toute sa clique sur le râble si les règles sont perturbées par une gamine qui ne sait pas encore que les bancs sont devenus le nouvel ordre social. Il faut donner le change aussi : aux garçons, la nouvelle obsession, sans montrer qu’ils nous plaisent ou nous interrogent, aux filles, sans avouer totalement que leurs centres d’intérêt ne sont pas (encore) forcément les siens. Cerise sur le pompon, Guilène a eu les meilleurs parents jusque-là. Sauf qu’avec des soirées jeux de société et un père qui frise les 71 ans, le cercle familial est plus risible qu’attractif pour les ados du bahut. Comment s’en sortir sans renier ce que l’on est au fond de soi, tout en jonglant avec ce que l’on veut être devant les copains ? Et puis des amis le sont-ils vraiment s’ils jugent aussi mal des parents aussi sympas même si parfois un peu old school ? Quelle année compliquée pour Guilène ! Et quel plaisir de lire ce roman qui nous rappellera à coup sûr de bons et de moins bons moments de nos propres années collège. Celles des grands questionnements, des premières amours, des amitiés qui passent et d’autres qui restent.

L’âge du fond des verres, quant à lui, est bien une valeur sûre de chaque table de cantine !

Delphine

La rubrique de D’doc #14

Elles portent toutes les deux des noms de fleurs, Capucine et Violette. Plusieurs décennies les séparent mais un lieu les réunit, l’Ehpad. Celui dans lequel Capucine a tenu à faire son stage pour devenir aide-soignante, et celui dans lequel Violette vient d’arriver, la mort dans l’âme, après une chute qui l’a contraint à quitter sa maison, et son chat Crampon.

Le roman de Delphine Pessin, Deux fleurs en hiver, est édité chez Didier Jeunesse. Il faisait partie de la sélection du prix Chronos en 2020. Il est un très bon titre à plusieurs niveaux. D’abord, il permet la rencontre entre deux générations que tout oppose à priori. Il symbolise ce basculement entre les rôles tenus par les uns et les autres tout au long d’une vie. Ce moment où l’ancienne institutrice doit céder et accepter d’être aidée dans les gestes du quotidien les plus intimes parce que le corps, fatigué, ne suit plus et n’obéit plus malgré un caractère affirmé. Ce moment où l’enfant devenue adolescente arrive aux portes de sa vie professionnelle. Une vie professionnelle choisie et non subie, comme cela est trop souvent le cas dès lors qu’est abordé le sujet des voies professionnelles. A ce titre, le roman est une aubaine pour travailler l’orientation avec les jeunes lecteurs. Tous les élèves n’ont pas à cœur de poursuivre en voie générale. Non qu’ils n’en aient pas les capacités, simplement qu’ils choisissent plus tôt une voie qui leur permet de travailler dans un secteur déjà choisi.

Delphine Pessin aborde également la mort, le deuil, l’acceptation de la perte d’autonomie et de ses proches. Le pardon aussi, et les secrets inavoués. Ce roman n’est pas morose ni monotone. Il ne tombe pas dans la mièvrerie ni la complaisance en dressant un tableau idyllique des Ehpad. Bien au contraire, l’autrice n’hésite pas à relever les difficultés du métier, les heures supplémentaires qui s’ajoutent aux gardes longues, très longues… au détriment des rapports humains avec les résidents et leurs familles. Un livre jeunesse et grand public.

Delphine

Au micro #4 : Anna-Livia Marchionni et « Nomade »

Si vous avez déjà lu les “Chroniques du racisme ordinaire” publiées sur le blog de Couleurs Gaies, alors vous avez un aperçu de ce qui vous attend avec le roman « Nomade, le meilleur endroit du monde » d’Anna-Livia : déjà, parce que la thématique de la discrimination liée à l’orientation sexuelle y est abordée ; mais aussi parce que l’autrice a ce don de jouer habilement avec les mots, nous offrant ainsi une lecture captivante et passionnante. 

Mon avis sur ce livre :

Dans ce roman fraîchement sorti, on fait un léger bond dans le temps où on (re)découvre alors la Russie au début du XXIe siècle : on suit alors Ksusha, une jeune mathématicienne et qui paraît très cérébrale, ainsi que sa rencontre avec Lounia, davantage émotive (qui, en tout cas, le montre), avec qui elle va vivre une belle histoire d’amour. Le récit de leur quotidien est entrecoupé d’anecdotes et de retours dans le passé qui nous permettent d’en savoir plus sur la vie de Ksusha, et notamment sur sa découverte de son homosexualité, son coming-out, ainsi que les réactions qui ont suivi. 

Tout ça sur fond de conservatisme russe et de haine ambiante contre les personnes LGBTQI+ qui sont traquées et prises pour cible. A ce sujet, certains passages, terriblement bouleversants, rendent visibles l’horreur vécue par des personnes homosexuelles à l’époque. Un bel hommage à toutes ces victimes qui n’ont pas été protégées comme il le fallait. 

Ce livre, même s’il est une fiction, est, je trouve, profondément engagé ; il est comme un cri pour tou·te·s celleux qui n’ont pas pu et ne peuvent pas faire porter leurs voix. Lancez-vous urgemment dans cette lecture délicate et rude à la fois !

Interview d’Anna-Livia :

Manon : Tu as publié le roman « Nomade, le meilleur endroit du monde » aux Éditions Maïa en mars dernier. Peux-tu nous le résumer en deux mots ? 

Anna-Livia : En 2013, en Russie, a été votée une loi interdisant la « propagande de l’homosexualité » ; cette loi a laissé la voie libre aux violences exercées contre les homosexuels par des groupes organisés. C’est dans cette Russie que j’ai voulu raconter l’histoire de Ksusha, mathématicienne douée, et de son amour pour Lounia. C’est un roman d’initiation qui raconte la nécessité de la fuite hors de sa famille et de l’exil choisi vers d’autres pays comme derniers recours contre les injustices et les violences, et surtout contre l’effacement de son identité et de ses désirs.

M : Comment t’est venue l’idée d’écrire cette histoire inspirée de faits réels ?

AL : J’avais vaguement connaissance de la situation des minorités sexuelles en Russie, et je suis partie, comme souvent lorsque j’écris, d’un personnage, qui est devenue Ksusha au fil du temps. Je noue des relations imaginaires très fortes avec mes personnages, qui m’accompagnent partout et se construisent presque d’eux-mêmes, mais se trouvent nécessairement modifiés au moment de l’écriture.

M : Y a-t-il une part d’autobiographie dans ce que tu écris ? 

AL : Sûrement, même inévitablement je pense, mais c’est dissimulé derrière l’histoire, les personnages, voire le style d’écriture qui agit comme un vêtement. Je m’ennuie lorsque j’écris sur moi, je préfère la fiction, mais effectivement, je me donne beaucoup dans ce que j’écris, ne serait-ce qu’à travers une vision du monde qui transparaît (j’espère) dans mes histoires, et puis évidemment dans tout ce qui nous échappe quand on écrit.

M : Combien de temps as-tu travaillé sur ce roman avant de l’envoyer à des maisons d’édition ? 

AL : Il y a tout le temps de pré-écriture, avant même que je pense à écrire un roman, pendant lequel le personnage et son histoire mûrissent, ce qui peut durer un an ou plus. J’ai eu besoin de six mois pour la rédaction en elle-même, et du temps encore pour laisser reposer et corriger. Quand je suis lancée, je vais vite, mais l’écriture est finalement la partie émergée du processus, un peu comme le fruit d’un arbre.

M : Pendant tout ce temps de réflexion, d’élaboration et d’écriture, quel lien s’est créé entre toi et tes personnages ? 

AL : Je trouve impudique d’évoquer ce lien. En tous cas, ce lien doit rester tendu pendant tout le temps de l’écriture, même si mon personnage est modifié par le processus d’écriture.

M : En parlant d’écriture : as-tu des habitudes particulières lorsque tu écris ? 

AL : Oui, mais je ne pense pas qu’elles soient nécessaires. C’est une superstition. J’écris à la main, c’est la seule chose qui, je pense, est vraiment importante.

M : As-tu d’autres projets d’écriture en cours ou à venir ? 

AL : Un autre roman, et j’ai rassemblé mes nouvelles pour en faire un recueil.

M : Enfin, qu’aimerais-tu dire à tes lecteur·rices ?

AL : Ce roman n’est pas destiné à n’être lu que par des femmes, lesbiennes ou autres. J’aimerais bien qu’il y ait plus d’hommes qui acceptent de s’intéresser à des histoires qui concernent des femmes, comme le font les femmes depuis des lustres avec les créations masculines ne mettant en scène quasiment que des hommes ; j’aimerais que plus d’hommes acceptent d’hybrider leur regard comme en sont capables les femmes, sans que ce soit une marque d’humilité de leur part. Ça s’appelle s’intéresser à d’autres versions de l’histoire.

*

Si cette interview ou l’avis vous ont convaincu·e·s, vous pouvez vous procurer ce roman sur le site de la maison d’édition Maïa (frais de port offerts) !

Foncez, vous allez vous régaler !

Manon

Discours Relations Internationales à la Marche des Fiertés de Paris, 26 juin 2021


Il y a deux semaines un pays membre de l’Union européenne a voté une loi de censure interdisant tout discours public sur les personnes LGBTQI. Copié-collé de la soi-disant loi russe « anti propagande » cette tentative d’invisibilisation de nos vies dans un pays membre de plein droit de l’Union Européenne est un scandale à dénoncer.

Ce pays c’est la Hongrie et il est membre de l’UE depuis plus de 15 ans. Depuis son entrée dans l’Union les avancées économiques sont importantes tout comme la dégringolade de l’état de droit et des libertés fondamentales de ses citoyen•ne•s. Comment laisser faire un pays à 2h d’avion de Paris où nos camarades LGBTQI sont invisibilisé•e•s et réduit•e•s au silence? Que fait l’Union européenne? Que font les chefs d’état des 26 autres états membres? Et leurs ministres des Affaires étrangères? Comment se contenter de communiqués de presse alors que certains se font tabasser dans le silence? Comment se taire quand porter un drapeau arc-en-ciel dans la rue comme nous aujourd’hui devient un délit?

Le 7 juillet 2018, la gaypride de Budapest s’est arrêtée devant le Parlement.

Nos fiertés ne sont pas illégales, nous ne sommes pas des criminel•le•s. Nous refusons cette Union européenne dédiée uniquement au libre échange et qui se tait face aux régimes répressifs. Nous n’acceptons plus que Bruxelles deviennent une nouvelle Wall Street, les avancées économiques sont une bonne chose mais ce n’est pas suffisant. Le respect de la démocratie, des droits de tou•te•s sans considération d’orientation sexuelle, d’identité de genre, de classe sociale, de confession ou d’origine ethnique c’est mieux.

A chacun•e de nous de prendre nos responsabilités: faites savoir ce qui se passe à l’Est, parlez-en autour de vous, diffusez l’information, sensibilisez vos ami•e•s, vos collègues, vos proches. On ne peut pas aller en week-end clubbing à Budapest et ignorer la chasse aux sorcières que subissent les activistes locaux. Les droits et libertés fondamentales ne sont pas les parts d’un gâteau à se partager en quantité limitée. Nous refusons de les remercier de nous partager les miettes qu’ils daignent nous laisser.

Solidarité avec les militant•e•s hongrois•es! Solidarité

Arnaud Gauthier-Fawas, responsable Relations Internationales et Francophonie à l’Inter-LGBT

La rubrique de D’doc #13

Metz accueillait dernièrement son festival littérature et journalisme, le week-end de la pride. Une occasion rêvée pour enrichir sa bibliothèque et sa collection d’émotions. Le plaisir de manifester dans les rues n’a d’égal que celui des rencontres et plaisirs partagés. Aux abords du stand de ma librairie préférée, j’ai croisé Alain et Marie-Jeanne Génevé. Des locaux comme on dit.

Devant eux, des livres très documentés sur les baies, et celui-ci, La botanique à hauteur d’enfant, qui m’a ramené quelques décennies en arrière. Dans les forêts proches du Saint-Quentin, à tailler le bois, construire des cabanes avec tout ce que la nature nous proposait (clin d’œil en passant à Petite maman de Céline Sciamma). Bref. Ce n’est pas copain des bois, un autre manuel de survie du petit baroudeur forestier. Ce documentaire, édité au Rouergue, est un précieux ouvrage qui mêle connaissances, découvertes et construction. Dans un cheminement éditorial bien dosé, l’enfant de tout âge prend connaissance de la nature qui l’entoure immédiatement. Il peut, grâce aux nombreux dessins et photos, apprendre à reconnaitre les essences, les situer géographiquement, découvrir les meilleurs moments d’observation, selon que le jeune botaniste cherche un bulbe, une feuille, une fleur ou un fruit. Les auteurs, grands-parents professeurs pour leurs petits-enfants, prodiguent des conseils d’utilisation et attirent l’attention sur les espèces proches avec lesquelles la confusion est possible.

Ainsi fait, le lecteur averti saura tirer parti de cette généreuse nature identifiée pour en tirer quelques satisfactions de confection. Sifflet, crécelle, moulin, sarbacane, poupée. Autant de distractions possibles avec deux ou trois bidouilles au fond du sac à dos.
Ce manuel est un cadeau à se faire pour les amoureux de la nature, et pour celles et ceux en devenir. Pour les parents, il est un bel outil de partage pour passer de bons moments avec son enfant, au cœur de la nature environnante. Plutôt de très bon augure à l’approche des vacances d’été !

Delphine

L’Endroit, le club LGBT mythique de Metz rouvre !

L’Endroit est LE club gay et LGBT de Metz, on peut même dire de la Moselle. Il fait partie du paysage, il semble avoir résisté à toutes les modes, toutes les concurrences qu’elles viennent de Metz ou de Nancy. Aujourd’hui le club s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de son existence.
Rencontre avec Fabien Rau, figure des nuits messines et patron de L’Endroit.

Fabien, patron de l’Endroit

Couleurs Gaies : Peux-tu nous raconter un peu les origines de L’Endroit ?

Fabien Rau : L’Endroit doit fêter ses 18 ans au milieu de cette année 2021. Mais l’établissement, dont la particularité est bien connue de la communauté LGBT de Metz, remonte bien avant 2003, lorsque le club s’appelait Le Privilège. À cette époque, il était tenu par d’autres personnes, qui en avaient fait un lieu déjà mythique de la scène gay messine. En 2003, mon ancien associé Antoine a voulu perpétuer et garder ce côté si atypique.

CG : Comment toi-même es-tu arrivé à la tête de l’Endroit ?

FR : Pendant mes études à la faculté de Metz, pour gagner de l’argent et pouvoir m’en sortir (tout le monde sait qu’être étudiant n’est pas toujours simple) je voulais travailler, être actif et ne pas manquer les cours en journée pour pouvoir réussir. La seule option était de travailler en bar de nuit ou en discothèque. J’ai tout appris au Cotton Club à St Julien Les Metz. Pendant mon master en communication, j’ai rencontré le DJ de l’époque, Junior Hax, qui m’a fait entrer à l’Endroit pour réaliser des supports de communication, mais aussi pour travailler au bar. Tout est parti de là. 
Par la suite et ne trouvant pas forcément dans ma branche, qui est un domaine assez fermé, j’ai continué à travailler dans la discothèque, en ayant des responsabilités de plus en plus importantes. Au bout d’un an, je suis passé responsable. Et au bout de deux ans, j’ai racheté des parts à Antoine, le gérant de l’époque. Je m’occupais alors de tout : le bar, les équipes, la communication, les soirées… et aussi tous les soucis qui vont avec !  Tenir un club est loin d’être facile… c’est un vrai travail voire plus. C’est un commerce comme les autres.

CG : On dit les clubs gays finis à cause des sites des applications de rencontres et des droits acquis, ce qui ne contraindrait plus nos communautés à se retrouver dans des lieux dédiés. Qu’en penses-tu ?

FR : Il est vrai que les rencontres ont été facilitées par les applications sur nos smartphones. Avant cette technologie, il fallait sortir et ce n’était pas forcément simple. Tout le monde a besoin de voir la personne réellement et pas qu’en photo sur son téléphone. Il faut toujours ce contact humain, ce regard… qui sont la base de la rencontre.  Et c’est tellement plus passionnant.

CG : Quel impact cela a-t-il eu sur le club, sur ses stratégies pour rester attractif ? Comment as-tu vu l’Endroit évoluer depuis ton arrivée ?

FR : Le club n’a pas vraiment été impacté. On ne vient pas qu’à l’Endroit pour draguer. C’est un tout : voir ses amis, voir de nouvelles personnes, danser ou tout simplement boire un verre.  On a fait des partenariats avec Grindr par exemple. Le but était que les personnes inscrites sur ce site pouvaient se rencontrer lors d’une soirée spéciale. Et ça a plutôt bien fonctionné. Le club a évolué avec les mœurs de la société.
Personnellement, avant mon arrivée dans l’établissement, je n’étais pas forcément à l’aise à l’idée de sortir dans le milieu. Cela faisait un peu sectaire, on me met dans une case. Aujourd’hui l’Endroit est populaire pour la communauté LGBT, mais aussi pour les hétéros. Et tout le monde s’adapte bien, car tout le monde se respecte. Et c’est ce que nous cherchons aussi. À notre niveau, on essaye de faire évoluer les mentalités en ne fermant justement pas les portes à un type de clientèle.

CG : Aujourd’hui, tu es toi-même sur le départ, de nouveaux patrons reprennent le club. Pourquoi partir maintenant ?

FR : Je pense qu’il est temps, que j’ai fait mon temps… Douze ans ce n’est pas rien. C’est épuisant, fatigant et j’ai envie de vivre le jour, et pas que la nuit. J’ai depuis trois ans un nouveau job dans mon domaine qui est la communication et le marketing. Peut-être que je vais le regretter ! Non, je vais réellement le regretter mais il faut savoir laisser la place. 
Aussi, il est compliqué de travailler dans le milieu gay et de vivre une vraie relation de couple. J’en ai fait la douloureuse expérience malheureusement. La crise liée au covid m’a aussi ouvert les yeux. Avoir une discothèque, c’est assez instable. Tout peut s’arrêter du jour au lendemain.

CG : Tu peux nous présenter les nouveaux patrons ? Quels sont leurs projets, leurs ambitions pour l’Endroit ? L’Endroit va rester le club LGBT de la ville ?

FR : Christophe et sa femme Joyce sont de Nancy. Ils connaissent bien le monde de la nuit car ils avaient des établissements sur Nancy. Ils ont actuellement une brasserie. Ils ont des idées novatrices et un recul sur l’évolution des discothèques. Pat est de Pont à Mousson. Il est gérant d’un bar dans cette ville. C’est intéressant de mixer tous ces professionnels pour pouvoir avoir de nouvelles ambitions et un regard critique sur l’avenir du club.

CG : Le 9 juillet, les discothèques rouvrent enfin après les fermetures liées à la pandémie du covid 19. Cette période a été pour le moins unique et ce sont les discothèques qui ont payé le prix le plus fort. Comment L’Endroit a-t-il résisté pendant cette période ? Le club risque-t-il de disparaitre comme tant d’autres clubs à cause de la pandémie ?

FR : Nous sommes bien aidés en France et nous avons de la chance. Quand je vois les autres pays comme l’Espagne qui n’ont pratiquement rien eu, on peut s’estimer heureux. Les premiers mois ont vraiment été compliqués. Une bonne partie de notre trésorerie acquise pendant des années a été liquidée. Il a fallu du temps pour que tout se mette en place. On ne gagne pas d’argent, mais on en perd plus… mais le principe d’un commerce est de faire des bénéfices… ce qui n’est pas du tout le cas. Il va falloir recommencer à zéro. Et ne pas voir le bout du tunnel rendait les choses encore moins simples. Maintenant nous espérons que tout va rentrer dans l’ordre, car quelques mois de fermeture de plus n’auraient pas été envisageables.

CG : Vous avez mis à profit ce temps pour rénover le club. Tu peux nous en dire plus ?

FR : Oui nous avons du temps pour repenser la configuration du club. Et il était temps ! Il fallait donner un bon coup de neuf. Nous avons cassé le bar et l’avons changé de place, ce qui permet d’avoir deux espaces réellement distincts. Ce sera plus convivial. Pour le reste, c’est à vous de venir voir. Mais il y a du changement ! Les travaux ont duré assez longtemps et ça vaut le coup d’œil. On recommence à zéro alors autant que tout soit impeccable.

CG : Le 9 juillet, c’est la grande réouverture. Qu’ont prévu les équipes quoi pour le retour de l’Endroit ?

FR : Nous avons prévu le paquet ! Nouveau club, nouveau départ… dans le respect des règles sanitaires. Je n’en dirai pas plus… surprise !

Propos recueillis par Jonathan

Au coeur de la Marche des Fiertés

Samedi 19 juin 2021 se déroulait la Marche des Fiertés de Metz (comme toujours) organisée par Couleurs Gaies.

La banderole de tête de la Marche

Un jour important pour une jeune albanaise positive et joyeuse qui a enfin expérimenté un moment de totale liberté au milieu des siens.
Un jour libérateur pour notre papy préféré de CG qui a raconté son histoire de jeune homo des années 50 à bénévole actif des années 2020.
Un jour à marquer d’une croix rouge dans le calendrier d’un jeune volontaire et d’une bénévole assidue qui ont tou.te.s deux vécu leur première Marche.
Un jour de grande activité pour un étudiant arrivé quelques jours auparavant et déjà investi dans l’organisation.
Un jour historique pour notre antenne du Pays Haut représentée officiellement à Metz un an après sa création !

Un 19 juin 2021 spécial pour l’histoire personnelle de tant d’autres.

Pour moi, c’est un grand moment de cohésion d’équipe monté uniquement à l’aide de bénévoles actifs et motivés qui font que 4500 personnes se rassemblent (avec incitation permanente aux gestes barrières) dans une même volonté d’ouverture aux autres, à tous les autres. Les différences s’effacent, l’objectif est commun.Merci à la si belle bande de volontaires et ami.e.s de CG de contribuer à augmenter la dose de bonheur et de bien-être de chacun.e et à travailler le vivre ensemble de notre société.

La rue des Clercs remplie à l’occasion de la Marche des Fiertés de Metz 2021

Une mention spéciale à ma Team Bar 🍹 de ♥️ si fraîchement constituée, si motivée, si soudée et qui a assuré l’installation, le service et la désinstallation d’une vingtaine de tables dans la rue des Parmentiers de la fin d’après-midi au début de la nuit. You rock.

La Team Bar de CG, presque au complet

Couleurs Gaies, c’est une famille de laquelle je suis fier de faire partie et qu’il est facile de rejoindre. Si vous voulez vivre des moments comme ceux-là (et bien d’autres), c’est simple : on vous attend.

Frédéric, bénévole de Couleurs Gaies

Visibilité Lesbienne #11 : Discours de la Commission VL à la Marche des Fiertés de Metz 2021

Cette année, la Pride n’a pas la même saveur que les années précédentes pour des raisons que nous connaissons toustes.

Pas de fête, pourtant, nous sommes là, vous êtes là, fiers comme toujours. Enchantée.

Moi, je représente la Commission Visibilité Lesbienne de Couleurs Gaies. Ma compagne et moi l’avons reprise en 2020. C’était important pour nous de donner de la visibilité à celles qui vivent la double discrimination d’être femmes et LBT+.

            Un des objectifs majeurs de notre Commission Visibilité Lesbienne, c’est de créer de la convivialité. Vous le savez peut-être, récemment, les espaces en non-mixité ont beaucoup fait parler d’eux, et pas toujours en bien. Pourtant, nous pensons que nous réunir entre nous occasionnellement est primordial. Pourquoi ? Car nous parlons d’expériences communes. De discriminations communes. De joies communes. Nous nous sentons en sécurité car nous nous réunissons avec des personnes qui nous ressemblent et que notre parole ne nous est pas confisquée. Les permanences mensuelles de notre Commission sont en mixité choisie, c’est-à-dire hors hommes cisgenres. Il nous tient à coeur d’offrir un espace safe aux personnes lesbiennes, bisexuelles, pansexuelles, cisgenres ou transgenres, qui s’identifient à notre combat, qui est d’apporter de la visibilité aux femmes LBT+ et queer. La non-mixité est un outil militant. Elle n’est pas une discrimination.

Au micro, Louise

            En parlant de discrimination : où est la PMA pour toustes ? Où est la méthode ROPA pour les couples de femmes ? Où sont les personnes trans ? Où sont les femmes seules ? Où est le remboursement ? Le projet de loi de la PMA a été complètement vidé de son contenu. De trop nombreux amendements ont été rejetés. Comme le dit si bien le philosophe Paul B. Preciado, les corps LGBT+ et queer ont été “politiquement stérilisés”. Il est inutile de nier que les familles homoparentales existent. Il n’y a rien de mal à vouloir faire intervenir la médecine moderne dans notre reproduction. Les couples hétérosexuels le font depuis des dizaines d’années. Pourquoi pas nous ? Je m’indigne que les gens qui débattent de nos droits ne s’intéressent même pas à nos vies. Au point de créer encore plus d’inégalités en bâclant un projet de loi censé en réduire.

Manon et Anna-Livia

            Notre simple existence est politique, puisqu’elle est discutée à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Néanmoins, en plus de notre parole et notre présence, nous disposons d’une arme politique importante. Le vote. Demain, c’est les élections régionales et départementales. Demain, je voterai pour quelqu’un qui reconnaît mes droits et qui ne me discriminera pas en raison de mon orientation sexuelle. Je voterai pour quelqu’un qui ne discrimine personne, d’ailleurs. Je voterai pour quelqu’un qui me soutiendra quand je voudrai avoir des enfants. Pour quelqu’un qui n’inclut pas que des personnes blanches, cisgenres, hétérosexuelles, valides, dyadiques, riches, dans sa politique. Pour quelqu’un qui soutient l’interdiction des thérapies de conversion et qui laisse tranquille l’allocation aux adultes handicapés. Pour quelqu’un qui se bat activement pour que la France ne devienne pas une deuxième Pologne, une deuxième Hongrie, une deuxième Tchétchénie. Demain, je voterai pour mes droits, nos droits, vos droits, et je vous invite à faire de même, si vous êtes majeurs. Merci.

Louise (et Manon !), responsables de la Commission Visibilité Lesbienne de Couleurs Gaies

Avant Couleurs Gaies #7 : Tranches de vies – Sharon Stone

C’était comment avant ?

Je vais te raconter mon histoire, à toi qui as vu le jour dans les années 2000.

Moi, je suis née en 1958.

Je ne pourrai pas te donner de dates précises car depuis toujours j’ai un problème avec le temps qui passe, à savoir que je n’ai pas la notion du temps.

Le premier endroit homosexuel que j’ai fréquenté était le KATMANDOU à PARIS tenu par Elula PERRIN qui a, par ailleurs, écrit quelques livres. Je dirais que cela peut se situer dans les années 1978/1980. Ce lieu était exclusivement féminin, mis à part quelques amis d’Elula PERRIN. J’ai connu cet endroit par une publicité à la radio lors de la sortie d’un de ses livres, je me souviens encore du slogan : « Une femme aime les femmes et elle ose le dire ». Ces ouvrages parlaient essentiellement d’amour entre femmes. Cette femme a beaucoup fait avancer les choses pour nous toutes qui étions cachées. Inutile de te dire que j’ai couru acheter discrètement le livre (comprends par là que j’ai dû en acheter 4 d’un coup, histoire de noyer le poisson…).

J’ai donc eu l’adresse de sa discothèque à PARIS et je suis partie le temps d’un week-end. La première fois que je suis entrée au KATMANDOU, je n’avais pas assez de mes deux yeux pour réaliser que j’étais loin d’être la seule homosexuelle (ce que l’on pouvait penser quand on était une ado en 1972 en découvrant sa véritable nature). Malgré tout, c’était PARIS et je devais rentrer à METZ… avec la conscience que même si je découvrais un lieu de rencontre en Moselle, cela ne serait jamais PARIS.

Tu me croiras si tu veux, mais j’ai eu un bol monstre, car n’oublions pas qu’en 1978/1980 nous n’avions pas d’ordinateur personnel muni de moteur de recherche, et que le Minitel – ancêtre de l’ordinateur – n’est venu qu’un peu plus tard. Donc ma chance : une amie hétéro avait croisé en ville une de ses copines accompagnée d’un ami homo qui lui avait proposé de venir boire un verre dans un lieu gay qui s’appelait à l’époque le SPORTING BAR et qui était Place des Paraiges à METZ. Mon amie, qui était et qui est toujours une des rares à connaître ma véritable personnalité m’a de suite téléphoné pour que je me joigne à eux. Et voilà comment j’ai mis le pied dans le milieu gay messin. Cela devait se situer vers 1980/1982. J’ai vite compris la différence entre PARIS et la Province : chez nous, comme les lieux étaient rares, on acceptait les deux sexes : une majorité d’hommes pour une minorité de femmes. Mais j’étais quand même bien, à savoir : plus seule.

A cette même époque où l’on se retrouvait le soir au SPORTING BAR, nous nous retrouvions aussi pour beaucoup en journée dans un café qui s’appelait LA LOUISIANE et qui était situé au Centre Saint-Jacques, Place du Forum. Ensuite ils ont fermé, je ne peux évidemment plus te dire quand, puis s’est ouvert le COLONY BAR, rue Vigne St- Avold à METZ. Là, c’était plus compliqué car un ami à moi m’avait fait savoir que beaucoup de clients du COLONY n’acceptaient pas les femmes parmi eux, mêmes si elles étaient homos. Je ne sais pas si c’est toujours pareil aujourd’hui, mais à l’époque beaucoup de radicaux (j’entends par là les hommes ultra féminisés qu’on appelait « les folles » et les femmes simili mecs) ne s’entendaient absolument pas. Pardonne-moi cette précision, mais à l’époque, elle avait son importance.

Ce que je n’ai jamais compris, c’est que ces deux extrêmes rejetaient le sexe opposé, tout en faisant son possible pour lui ressembler, mais en devenant une caricature de l’être envié et rejeté en même temps.
Tu me suis … ? Parce que moi, personnellement, j’étais perdue. Je trouvais ça tellement stupide, car nous étions déjà une minorité et je ne comprenais pas que l’on ne s’entraide pas. Un soir où j’y étais, deux filles se sont légèrement molestées, à savoir qu’une a mis une gifle à l’autre qui s’est défendue en bousculant la première. Leurs amis sont vite intervenus donc je peux te dire que c’était une légère altercation, mais cela a suffi pour que les propriétaires refusent définitivement l’entrée aux femmes, ayant une bonne excuse pour le faire officiellement.

Il y avait aussi une discothèque qui se trouvait rue des Murs et qui s’appelait LE BIZARROÏDE. Personnellement, j’ai adoré. Il y avait une superbe ambiance, plus de femmes, même si on restait en minorité, bonne musique.

Ensuite, quand le BIZARROÏDE a fermé, l’AMBIGU a ouvert, je crois que c’était à la même adresse. Après la fermeture de l’AMBIGU, c’est la discothèque LE PHÉNOMÈNE qui a ouvert, en Fournirue, en sous-sol. Il y avait moins de monde, car le décor n’était pas terrible, l’ambiance moins cool, mais toujours plus de femmes que dans les bars gays. Tu noteras au passage l’originalité des enseignes… Ensuite, il y a eu une discothèque qui a ouvert à Plantières-Queuleu et qui s’appelait le WAF. Là aussi c’était vraiment bien tant au niveau de l’ambiance qu’au niveau de la musique.

Parallèlement, j’allais aussi sur NANCY dans une discothèque qui s’appelait le Petit PIMS, mais je ne pourrais plus te dire l’adresse. On disait le « petit » PIMS car il y avait un autre PIMS sur NANCY qui lui, était hétéro.

Et j’allais également sur STRASBOURG, à la PÉNICHE, qui en était véritablement une, et qui, une fois par mois organisait une soirée homo femmes. Inutile de te dire que j’y allais souvent et que j’en ai de bons souvenirs…

Tout ce qui précède devait se situer entre 1980/1990. Ensuite je suis partie régulièrement à SARREBRUCK au SHEHERAZADE, discothèque également.

Je suis allée aussi à cette même époque dans quelques bars gays allemands dont je serais incapable de me rappeler les noms. Ce qui m’a le plus frappé chez les femmes allemandes lesbiennes, c’est leur tenue pour sortir en discothèque : la majorité de celles qui étaient masculines sortaient comme elles étaient probablement dans la journée : joggings et chlappes (ou claquettes, comme tu veux) et la bière qu’elles buvaient à même la bouteille.

Peut-être que cela fait cliché, mais c’était quand même assez spécial pour l’époque, pour une française. Le bon côté pour moi, n’étant pas spécialement féminine mais plutôt androgyne à l’époque, c’était que j’avais l’impression d’avoir la féminité et la sensualité de Sharon STONE !

Quand je suis revenue en France, je suis ressortie sur NANCY, le Petit PIMS avait fermé et une autre discothèque avait ouvert en plein centre mais malheureusement je n’arrive plus à me rappeler le nom. Ensuite, au début des années 2000, j’ai connu à METZ le Bar le 1er qui se situait impasse En Chaplerue et qui était tenu par deux sœurs.
Bonne ambiance et bons souvenirs aussi. Nous étions nombreuses à nous y retrouver.

J’ai connu en dernier : L’APPART à METZ près du Tribunal. Mais, entre deux soirées bars ou discothèques, j’ai également connu les bals qui étaient organisés par des bénévoles. Il y avait deux sortes de bals : les bals mixtes et les bals exclusivement féminins organisés par des bénévoles. Les deux étaient très bien et je regrette que vous, les jeunes, vous ne les connaissiez pas. C’est tellement plus sympa que les contacts virtuels… En plus, les bals réunissaient toutes les générations.

J’ai donc pu faire des rencontres et vivre ma vie même si je suis toujours restée très discrète et sans que personne dans mon entourage familial et amical « hétéro », à part quelques rares exceptions, ne soit au courant de ma véritable nature. Il y a une phrase qui dit « Pour vivre heureux, vivons cachés » … Cette phrase n’a pas été dite pour l’homosexualité, mais pour la généralité de la vie. Et plus je vieillis, plus je me rends compte qu’elle est vraie et dans beaucoup de domaines. Dès que tu sors de la normalité, entends par là : tu vis seule et tu es heureuse, tu n’as qu’un seul revenu, le tien (qui plus est en tant que femme cela signifie moins qu’un homme) et tu t’en sors car tu as acheté ton appartement, tu conduis une golf GTI au lieu d’une Clio, bref tu es la femme à abattre. Alors si en plus tu es homo !

Pourquoi je me suis toujours cachée ? Outre le fait qu’une partie de l’explication est ci-dessus, il y a également le fait qu’à mon époque, la perception de l’homosexualité était assez mal vue. Nous étions des malades, des pervers, et en plus, pour les femmes, l’insulte suprême : des mal baisées.

Donc tu apprends vite à te taire. J’ai tenté, au fil de ma vie et au moyen de conversations détournées, d’amener le sujet de l’homosexualité dans une conversation en famille, entre amis et sur mon lieu de travail. Histoire de savoir à qui je pouvais me dévoiler et faire confiance… J’ai vite été édifiée par les propos et réactions autour de moi. D’où le fait que j’aie appris très tôt à me cacher pour mieux vivre.

L’Appart, bar gay et lesbien très en vogue au début des années 2000 situé au rez-de-chaussée de l’immeuble qui a vu naître Paul Verlaine.

Peut-être que si je m’étais mise en ménage avec une femme de façon pérenne, je l’aurais dit à ma famille et à mes amis pour être reconnue en tant que couple. Mais tu sais, en restant seule, je n’en vois pas l’utilité, d’autant qu’une femme qui vit seule a plus de problèmes avec son voisinage s’il sait. Et je ne fais pas de paranoïa. Tu sais, le véritable grand pas sera fait et la véritable tolérance existera quand on n’aura plus à dire son homosexualité. Je ne comprends pas que l’on soit obligé de dire notre nature comme s’il fallait s’en justifier.

Est-ce qu’un hétéro se présente en tant que tel ? Pourquoi nous, nous devons parler de notre orientation? C’est qu’il y a bien toujours un problème… non ? Je rêverais d’un tour de table de 15 personnes où chacun et chacune se présenterait en tant que : hétéro, homo, sado- maso, échangiste, un autre qui dise bien qu’il cocufie sa femme depuis tant d’années tout en lui mentant, et elle de préciser qu’elle trompe son mari avec une femme mais il est clair qu’elle n’est pas homo puisque qu’elle est mariée, etc….

Là, oui, je veux bien parler de mon homosexualité, si chacun dévoile sa sexualité. Parce que c’est forcément ramené à la « sexualité ». On peut toujours parler de tendres sentiments, d’amour, de douceur, de complicité… tout ce que les gens retiennent, c’est deux femmes dans un lit avec la question des plus délicates : qui fait l’homme, qui fait la femme… Mais toutes ces personnes se taisent et nous, nous devons parler ? Pas d’accord. J’ai plus de mal à me justifier, qu’à taire ma nature. Et je n’ai nullement l’impression de duper qui que ce soit, car ma sexualité (tu vois, j’y arrive aussi), mon orientation, plutôt, m’est intime et personnelle comme à chacun.
J’ai quelques rares amis hétéros qui sont au courant de mon homosexualité. Avec eux, je me lâche et suis nature en leur compagnie, car ils ont été formidables. Je m’explique : un jour ils m’ont invitée alors qu’officiellement j’étais célibataire (alors qu’en fait j’avais une amie), ils m’ont simplement dit : on t’invite et tu viens avec ton copain ou ta copine si tu n’es plus célibataire. J’avais bien compris qu’ils avaient saisi et ils me l’ont fait comprendre de manière élégante et discrète. Tu ne peux plus savoir à quel point j’ai été touchée et émue d’avoir des amis aussi précieux. Tu vois, je n’ai pas eu à en parler ni à en justifier. Jamais, jamais ils ne m’ont posé la moindre question sur mon orientation. Avec eux, je suis comme tout le monde sans qu’il y ait eu besoin de parler. C’est cela, pour moi, la véritable tolérance.

En plus, il y a une phrase qui me fait bondir et que j’entends régulièrement autour de moi ainsi que dans les médias quand on parle d’homosexualité : « c’est son choix ». Mais quelle stupidité ! Cela prouve bien que la majorité des gens n’a rien compris.

Comment je le vis ? Mais très bien, car cela a toujours été comme une double personnalité. Non… le terme n’est pas le bon, j’ai toujours eu l’impression d’avoir deux vies, plutôt, et complémentaires de surcroît.

J’ai beaucoup appris de la nature humaine en agissant ainsi et j’ai pu choisir mes amis avec plus de clairvoyance.

Tu vas peut-être penser que je suis une personne qui n’est jamais sortie du placard, selon le terme consacré. Je te laisse ta formule avec tous ses poncifs que tu es en droit de penser. Mais là aussi, peut être que je dérange parmi mes semblables, car je l’ai toujours vécu ainsi : le monde hétéro a toujours été pour moi un monde asexué où se trouve ma famille, une partie de mes amis, le monde du travail, le monde social. Et le monde homo : le monde où j’ai pu me lâcher totalement, m’amuser, m’éclater et bien sûr…aimer. L’équilibre total, pour moi.

Je n’ai pas à me justifier vis-à-vis du monde hétéro, comme je n’ai pas à demander pardon au monde homo pour ma discrétion.
Chacun vit selon sa propre personnalité (entends par là : sa sensibilité, son caractère) et bien sûr, selon son vécu et ses propres expériences qui orientent aussi beaucoup.

J’ai connu des femmes homo qui m’ont fait la morale en me disant qu’elles ne comprenaient pas que je taise mon orientation, je te les situe : certaines sont mariées depuis plus de 30 ans avec un homme hétéro pour la « vitrine », d’autres sont en couple avec leur compagne depuis aussi une trentaine d’années, mais me disent qu’elles ne sont pas homo, qu’il s’agit d’une rencontre, et que cela aurait pu être un homme…

Oui mais voilà… tu as choisi une femme avec qui tu couches (oups pardon : tu dors…) et ce, depuis 30 ans. Alors dans ton langage, t’appelles ça comment ? Et le top du top : celles qui clament haut et fort leur homosexualité en disant qu’elles n’ont aucun problème pour le dire, mais le font savoir autour d’une table où ne siègent que des gays… donc pas trop de risques… et qui me téléphonent après en douce pour me demander de rester discrète car elles travaillent avec une amie à moi qui est hétéro… et qu’il ne faudrait pas que cela se sache… en dehors de la soirée ? Alors tu vois, je préfère encore qu’on me regarde de travers pour ma discrétion plutôt que de ressembler à ce genre d’hypocrisie.

Et toi ? Ça se passe comment pour toi ?

Ce genre de comportement existe-t-il encore en 2020 ?

Concernant les discothèques, bars, bals, il m’arrivait quelques fois d’y aller seule pour y retrouver des connaissances sur place, mais la plupart du temps j’allais chercher mes amis et nous rentrions à plusieurs dans les dits lieux.

Personnellement, je consommais à une table avec mes amis, et nous étions tous là pour faire des connaissances, enfin… pour draguer ! On attendait les slows avec impatience (oui, parce qu’à mon époque il y avait des slows…) en espérant être invitée quand on n’avait pas le courage d’aller demander à l’objet de son désir une danse… Il arrivait aussi quelques fois que le barman vienne avec un verre en disant « telle personne vous l’offre ».

Sinon, on pouvait aussi aller simplement s’asseoir à côté d’une personne qui nous plaisait pour parler, histoire de faire plus ample connaissance. Mais avant : être vigilante et être sûre que la personne n’était pas accompagnée, sinon je peux te dire que la discussion était très vite interrompue et pas de manière agréable… Ceci dit, je pense que rien n’a changé de ce côté- là…

Dans ces lieux qui nous étaient réservés, nous étions nous mêmes, nous nous tenions enlacées, nous nous embrassions.

En dehors de nos lieux de rencontres, nous restions très discrètes, sauf quelques rares femmes qui osaient se promener main dans la main à METZ ou se faire un bisou sur la bouche en pleine ville, mais je peux te dire que cela ne passait pas.

J’ai aussi un peu « dérapé »… ceci dit, personne n’est parfait.

Quand je passais mes soirées au SPORTING BAR je suis sortie avec un ex à un copain homo. Je ne savais pas qu’il était bi, et j’avoue être tombée sous son charme quand il m’a draguée. Il est vrai que je suis plus relations féminines, mais j’avoue qu’un homme bisexuel a une approche de la femme tellement différente d’un homme hétéro… Bref, j’ai craqué pour lui et nous sommes sortis quelques mois ensemble (remarque que maintenant je commence à comprendre pourquoi le COLONY BAR a interdit l’entrée aux femmes…)

Il est malheureusement vrai que c’est plus simple de sortir avec un homme et de pouvoir montrer son amour dans la rue en lui tenant la main et lui faire aussi des bisous. Je pense que cela n’a pas vraiment évolué en 2020 : faire la même chose avec une femme dérange énormément.

Tu sais, je ne sais pas si tel est le cas encore aujourd’hui, mais l’intolérance était des deux côtés…

Quand tu étais affichée « homo » et que l’on te voyait dans les bras d’un homme, tu étais aussitôt rejetée par le monde gay. Cela a aussi beaucoup contribué à ce que je m’adapte aux deux mondes en toute discrétion car selon mes rencontres, j’avais fatalement tort dans un des deux… L’intolérance est partout.

Nous avions organisé avec d’autres femmes un bal de nouvel-an féminin avec buffet qui s’est terminé en pugilat (oui, je sais, nous sommes censées être douces…) car certaines, sous l’emprise de l’alcool, quoique je ne suis pas sûre qu’il faille trouver cette excuse, ont trouvé bon de tout casser, de faire voler les tables avec la nourriture, et certaines de sortir de la salle avec la lèvre éclatée… J’ai été dégoûtée et déçue à vie d’organiser quoique ce soit. Je n’ai pas compris non plus comment il pouvait y avoir autant de violence entre nous…

Alors pour terminer, je dirais que maintenant en tant que femme de 62 ans qui aimerait rencontrer d’autres femmes gays de ma génération, c’est difficile.

Et toi alors ? Je parle, je parle mais j’aimerais beaucoup savoir comment cela se passe pour toi aujourd’hui du haut de tes 18 ou 20 ans. Vis-tu des choses similaires aux miennes ? Est-ce que les mentalités ont changé dans les deux mondes ? (La question me paraît importante pour les DEUX mondes).

J’attends ta réponse avec impatience et te remercie d’avoir pris le temps de me lire.

Sharon Stone (laisse-moi encore rêver…)